Textes : 1 R 17, 10-16 ; He 9, 24-28 ; Mc 12, 38-44

Que la grâce et la paix de notre Seigneur Jésus-Christ soient toujours avec vous !

Frères et sœurs,

Chaque dimanche à la messe, il y a la quête. Souvent même, il y a une seconde quête ; cela dit l’importance de la quête, même si ces secondes quêtes suscitent parfois des murmures, des critiques. Alors que les demandes de messe, les deniers de cultes ne restent pas à la paroisse mais sont plutôt reversés à l’économat au niveau diocésain, les quêtes restent à la paroisse pour la survie de la paroisse. Ce sont les quêtes par exemple qui nous permettent de payer nos factures, de faire des réparations, de construire….

Dans notre paroisse, la 1ère quête ou la quête ordinaire est placée généralement juste avant l’offertoire comme pour signifier aux fidèles chrétiens que c’est le moment où ils sont invités à apporter leurs offrandes pour que le prêtre les présente au Seigneur en même temps que le pain et le vin. C’est l’un des cadres où les chrétiens expriment leur générosité à l’égard de celui à qui, le ciel et la terre et tout ce qu’ils renferment appartiennent. Mais comment exprimons-nous, notre générosité à l’égard.

Dans notre église, pendant que passe le panier de la quête, on entend généralement deux types de bruits.

–          Il y a d’abord ceux qui font clin-clin. C’est ceux qui mettent les pièces de monnaie. Parmi ces gens, il y a ceux qui mettent des pièces parce qu’ils n’ont que cela. Il y en a qui mettent parce qu’ils ne veulent mettre que cela, ils préfèrent ne pas toucher aux autres parce qu’après la messe, il y a un bon porc au four à acheter, une bière bien tapée à boire. Il y a enfin ceux qui trouvent que le panier de la quête est une des poubelles où l’on peut facilement et discrètement se débarrasser des pièces dont on a plus besoin. Ce sont les pièces noircies par je ne sais quoi, des pièces sans écritures, des pièces mangées et déformées par la rudesse du temps. Ainsi de façon indirecte, ces derniers font de Dieu, ce mendient à qui il faut tout donner, surtout tous ceux dont on a plus besoin et qui nous encombrent.

–          Il y a ensuite ceux qui font des vap vap. C’est ceux qui font entendre les bruits de billets de banque.

Parmi ceux qui font entendre ce bruit doux et léger, beaucoup ont pris conscience que tout ce qu’ils possèdent vient de Dieu et en retour ils s’efforcent de lui apporter quelque chose d’important pour lui traduire leur reconnaissance. Ils font très discrètement et très humblement. Mais à l’opposé, on trouve aussi des personnes qui mettent ostensiblement des billets de banques de sorte à être vu. Economiquement, on peut être très facilement porté à valoriser ces personnes. Même si cela n’est pas très visible à la messe, à certaines occasions comme les baptêmes, les mariages et les funérailles, c’est ceux et celles qui remettent les grosses enveloppes qui sont souvent en vue. Mais le critère d’appréciation de Dieu est tout autre que le nôtre. Lui qui sonde le cœur de chacun, ses pensées ne sont pas nos pensées et son étalon de mesure n’est pas le nôtre. Alors que très souvent, ce sont les détenteurs des liasses de billets qui attirent nos regards, nous voyons aujourd’hui que dans la parole de Dieu, le regard du maitre ne s’est pas posé sur ces gens de belle fortune mais plutôt sur une pauvre veuve qui n’a mis que deux piécettes.

Ce jour-là, sur le parvis du temple, les grands propriétaires, les commerçants, les fonctionnaires, défilaient devant Jésus pour aller déposer leur offrande dans l’un des treize troncs du temple. Arrivés devant le tronc, ils remettaient la somme au prêtre qui se chargeait de vérifier si la somme donnée correspondait vraiment à  ce qui était prescrit. L’évangile nous précise que beaucoup de ces riches y mettaient de grosses sommes.

Mais voici que parmi la foule de ceux qui font pleuvoir sur le tronc des sommes importantes, s’avance une personne et dépose rapidement et très discrète deux piécettes, dont peut-être le bruit attire sur elle les regards des gens qui observaient et appréciaient la valeur numéraire des offrandes. Mais si beaucoup de regards et de sourires étaient peut-être moqueurs à cause des deux piécettes qu’elle a mise, au moins, nous en avons la certitude absolue qu’un seul ne l’était pas : c’est bien le regard pénétrant du Maître. En effet, si l’acte de la pauvre veuve passe pour dérisoire aux yeux du monde, il ne l’est pas pour Jésus. Et pour preuve s’adressant à ces disciples, il leur dit : « Amen, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le tronc plus que tout le monde. Car tous, ils ont pris sur leur superflu, mais elle, elle a pris sur son indigence. »

Frères et sœurs, à travers ce passage de l’évangile, nous sommes invités à nous interroger sur la qualité des gestes de dons que nous faisons à l’endroit  de notre Dieu. Est-ce ce qui est essentiel ou ce qui est superflu de notre avoir que nous donnons à Dieu ? Est-ce ce qui est important dans notre vie ou ce qui est dérisoire,  inutile dans notre vie que nous lui offrons ?

Dans l’évangile, bien que la pauvre veuve n’ait donné que deux piécettes, Jésus déclare que c’est elle qui a mis plus que tout le monde. Oui, la pauvre a mis plus, parce qu’elle a tout mis. Pour apprécier la valeur d’un don, il ne suffit pas simplement de regarder ce qui est donné, il y a d’autres paramètres dont il faut tenir compte.

  • Il faut avant tout tenir compte de l’intention qui nous pousse à donner. On peut donner pour se débarrasser d’une personne. On fait le geste juste pour que le nécessiteux s’en aille et nous fiche la paix. On peut aussi donner pour se faire voir, pour se vanter et même pour se moquer du pauvre. Dans sa lettre aux Corinthiens, saint Paul dans ce sens disait : « j’aurais beau distribuer tous mes biens aux affamés et livré mon corps aux flammes, si je n’ai pas d’amour, cela ne me sert à rien. Oui, l’amour est ce qui critère fondamental du bien que l’on fait à autrui.
  • Il faut tenir ensuite compte de l’origine du don

Ce que l’on offre est-ce vraiment de l’argent acquis à la sueur de son front. Cette argent peut être l’argent voler, il peut être le fruit du meurtre, il peut être acquis au prix de mille et une souffrance. Pensons par exemple aux braves dames qui passent toute la journée au soleil entrain de vanner le sable pour espérer avoir 750f à la fin de la journée.

  • il faut enfin considérer ce qui reste quand on a donné.

Si je donne mille francs et il me reste neuf mille francs alors que mon frère a donné cinq cent franc et il lui reste cinq cent franc, mon frère n’a-t-il pas mieux fais que moi ?  En effet, en donnant il a sacrifié la moitié de son avoir, alors que moi, je n’ai sacrifié que le dixième de mon avoir. Les riches généralement ne donnent que de leur superflu parce qu’ils sont très attachés à leur fortune, à tel enseigne qu’ils font des calculs incessants. Un million si je donne 1000f je cesse d’être millionnaire, un milliard si je donne 10000f, je cesse d’être le milliardaire du quartier. Ainsi beaucoup se perdent dans les calculs, ils vont au lit avec les calculs et y réveillent avec les mêmes calculs de sorte que leurs dernières pensées tout comme les premières pensées du jour ne portent que sur les finances, au lieu d’être tourné vers le Seigneur, le maitre des finances.  A l’opposé, nous constatons que ce sont les personnes qui n’ont pratiquement pas grande fortune qui peuvent donner. Elles, elles ne font pas de nombreux et grands calculs.

Je me souviens de l’histoire de deux de nos camarades. Nous étions à la fin du cycle de philosophie au Grand séminaire à Ouagadougou. Ces deux camarades de classe étaient allés un dimanche de sortie en ville faire quelques emplettes. Qui pour acheter des chaussures pour les fêtes de l’admissio, qui ceinture, un pantalon… bref ! Selon le programme du séminaire l’heure du retour des sorties est  fixé17h30. A 17h 15, nos braves séminaristes avaient leurs achats et était en train de revenir au séminaire quand une panne survint et stoppa leur course : c’était une panne d’essence.  Que faire ? Le temps passait, l’heure du retour était largement dépassée et la nuit tombait sur la ville de Ouagadougou. Après quelques centaines de mètres, ils découvrirent une station d’essence et tout joyeux, ils se dirigèrent pour donner à boire à leur moto et pouvoir continuer leur chemin. Une fois à la station, chacun regarde l’autre en espérant que l’autre dira : « je prends les frais de carburant en charge ». Mais personne ne le disait à l’autre. Ils avaient dépensé tout leur argent en espérant que c’est l’autre surement prendra les frais de carburant en charge. Ils firent sortir de leurs poches, la petite monnaie qui restait et le tout remontait à 175f. Ils voulurent négocier avec le gérant de la station en se présentant comme des séminaristes. Le gérant leur demanda que Séminariste c’est quelle nationalité ? Ils lui disent qu’ils sont des futurs prêtres. Et le gérant de leur répondre que prêtre c’est quoi, ils lui disent directement qu’ils voudraient prendre de l’essence à crédit et que le lendemain même ils reviendront payer leur dette et pour lui garantir leur sincérité, ils vont lui remettre leur pièce d’identité. Et le gérant de leur signifier qu’il n’est là pour colmater les pièces d’identité des cas sociaux. Durant le long temps de discussion, les voitures et les motos défilaient à la station et les réservoirs se remplissaient, excepté celui de la moto de nos braves séminaristes. Soudain une veille femme, vêtue en loque s’approcha du gérant dénoue le bout de son pagne et compta ses pièces qui faisaient 1250f. Elle les donna au gérant en lui disant : donnez de l’essence à mes enfants. Les deux séminaristes très gênés voulurent s’opposer aux gestes de générosité mais la vieille femme de les rassurer en ces termes : Moi, je suis ici tous les jours pour mendier. J’ai déjà eu à manger. Ça me suffit pour aujourd’hui vous prenez et rentrez en famille.

Frères et sœurs, l’évangile n’est pas une bonne nouvelle du passé. C’est une bonne nouvelle pour aujourd’hui. Cette veille  femme a agi exactement comme la pauvre veuve de l’évangile qui a donné les deux piécettes, tout ce qu’elle avait pour vivre. Elle a agi comme la veuve de Sarepta qui est venu en aide au prophète Elie. Et moi suis-je capable de donner plus que le superflu, suis-je capable de tout donner ?

Sainte Thérèse de l’enfant Jésus disait qu’ « Aimer c’et tout donner et donner soi-même ». On ne donne pas parce qu’on a, on donne parce qu’on aime.

Jésus-Christ nous aimés et il a offert sa propre vie pour notre salut. A notre tour, quelle réponse allons-nous donner à son amour?