Chers frères et sœurs en Christ nous pouvons baptiser ce dimanche « Dimanche de l’espérance en la vie éternelle », ou encore « Dimanche de la foi en la résurrection des morts ». En effet, les textes liturgiques de ce trente et deuxième dimanche du temps ordinaire nous interpellent vivement sur notre foi et notre espérance chrétiennes et nous invitent à vivre pour Dieu, c’est-à-dire vivre en sachant que notre vie ici bas est un passage vers la vie éternelle, un petit temps pour nous rendre dignes du Ciel. En d’autres termes, tout ce que nous faisons ici bas doit être en vue de la vie éternelle.

Dans l’évangile de ce jour nous voyons Jésus de nouveau aux prises avec des Sadducéens. Qui sont les Sadducéens ? Les sadducéens représentent le judaïsme conservateur du temps de Jésus. Ils niaient toute résurrection des morts et refusaient l’existence d’une quelconque vie après la mort. Ils rejetaient également l’existence d’un monde spirituel c’est-à-dire l’existence des anges et des démons. Pourquoi posent-ils à Jésus une question relative à la résurrection des morts, eux qui pourtant ne croient pas en cela. En réalité, c’est une question piège qu’ils lui posent afin de pouvoir l’embarrasser et tourner en ridicule la foi en la résurrection. Il faut également tenir compte du contexte dans lequel surgit cette question. La scène se passe à Jérusalem quelques temps après l’entrée triomphale de Jésus et peu de temps avant son arrestation et sa Passion-Mort. Les chefs des prêtres, les pharisiens et les sadducéens sont aux aguets, à la recherche de preuves pour condamner Jésus.

C’est dans un tel environnement que des sadducéens inventent une histoire difficilement concevable, qu’ils présentent à Jésus tout en la fondant sur la loi du lévirat. La loi du lévirat dans le judaïsme, permettait à la fois à un défunt de survivre par sa descendance, et à une femme de ne pas demeurer veuve ; cette loi avait un objectif précis : assurer la protection et la subsistance de la veuve. C’est cet article de la loi de Moïse que les adversaires de Jésus utilisent à tort pour le mettre à l’épreuve. Ils étaient convaincus que leur machination allait marcher. Mais comme le disent nos frères les ivoiriens : « là où les sadducéens pensaient être cachés, c’est là-bas que Jésus dormait ».

Il réduit à néant tout leur montage à travers sa réponse: ce sont les enfants de ce monde qui se marient. Dans le monde à venir, à la résurrection des morts donc, il ne sera plus question des choses de ce monde tel que le mariage. Nous ne ressuscitons pas pour une vie égale à cette vie terrestre sinon quel mérite aurions-nous à espérer ? Nous ressuscitons pour une vie bien meilleure à celle terrestre, pour la vie éternelle. Nous devenons comme des anges, des êtres spirituels pour qui les choses de ce monde sont rien et n’ont aucune valeur. Pour les confondre d’avantage, le Christ se réfère à la Torah avec le récit du buisson ardent pour prouver que la résurrection des morts fait parti de l’enseignement de Moïse : « quand à dire que les morts doivent ressusciter, Moïse lui-même le fait comprendre dans le récit du buisson ardent, quand il appelle le Seigneur : le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, le Dieu de Jacob. Il n’est pas le Dieu des morts mais des vivants ; tous vivent en effet pour lui ». Oui, notre Dieu est le Dieu des vivants. Autrement dit, il est le Dieu de la vie, le Dieu qui fait vivre, le Dieu qui donne la vie éternelle. Les sadducéens n’y croient pas ; mais nous qui sommes là aujourd’hui, y croyons-nous ? Croyons-nous réellement que sur cette terre nous sommes des pèlerins en marche vers la vraie vie ? Croyons-nous que la mort constitue pour nous le passage définitif vers notre patrie céleste ? Ou pensons-nous, comme les sadducéens, qu’elle est la fin de tout ?

« Je crois en la résurrection des morts » professons-nous dans le credo. Est-ce du bout des lèvres ou du fond du cœur ? En tant que chrétiens, quelle est notre attitude quand la mort se manifeste ? Frères et sœurs, la foi en la résurrection des morts a des implications pour notre existence. En cela, le livre des martyrs d’Israël qui nous a été servi dans la première lecture nous présente un récit pathétique. Nous sommes sous le règne de l’empereur Antiochus Epiphane. Le peuple élu vit une terrible persécution à cause de sa foi. De nombreux juifs acceptent de mourir pour leur foi au lieu de renier le Seigneur. C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre le témoignage héroïque des sept frères et de leur mère qui ont accepté de mourir plutôt que de se souiller en mangeant de la viande impure, la viande de porc. A l’époque dans le judaïsme, le porc était considéré comme un animal impur et manger de la viande de porc était un acte d’apostasie et de rejet de sa foi pour le juif.  Manger cette viande, c’était renier la religion de ses pères, et rejeter YHWH, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Leur choix est clair : Dieu ; et ils le professent pendant qu’on les conduit à la mort. « Nous sommes prêts à mourir plutôt que de transgresser les lois de nos pères » ; « Tu es un scélérat toi qui nous arrache à cette vie présente, mais puisque nous mourons par fidélité à ses lois, le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle » ; « c’est du Ciel que je tiens ces membres, mais à cause de sa loi, je les méprise, et c’est par lui que j’espère les retrouver » ; « mieux vaut mourir par la main des hommes, quand on attend la résurrection promise par Dieu, tandis que toi tu ne connaitras pas la résurrection pour la vie éternelle ». Sommes-nous capables d’une telle fidélité et d’une telle espérance dans notre foi ?

Par notre baptême, nous sommes devenus enfants de Dieu et nous professons que nous croyons en Dieu Père, Fils et Saint Esprit, à la résurrection de la chair et à la vie éternelle. Où se trouve cette foi quand viennent les difficultés ainsi que les persécutions? De nos jours, les persécutions existent sous diverses formes : les séductions des sectes, des féticheurs, des marabouts, des devins, le matérialisme, le syncrétisme, l’obsession du pouvoir et des richesses, les pactes diaboliques que nous lions constituent les persécutions de notre ère. Quand la souffrance s’invite chez nous, dans nos moments de difficultés, d’épreuves que devient notre fidélité au Christ ? Et pourtant c’est en ces moments que doit être vive notre espérance en Dieu, le Dieu des vivants ; c’est alors que nous devons nous abandonner en toute confiance en lui, afin qu’il nous réconforte et affermisse nos cœurs à sa suite. La tentation est grande et la chair est faible. C’est pourquoi nous devons, avec foi et confiance, demander à Dieu notre Père et à Jésus Christ notre Seigneur, les grâces nécessaires pour vivre en chrétiens dans ce monde déchiré par les injustices, les guerres, la méchanceté, un monde hostile à la Bonne Nouvelle du Christ. Telle est l’attitude à laquelle nous exhorte Saint Paul dans la deuxième lecture. Pour y parvenir il nous propose un moyen efficace qu’est la prière. C’est seulement par la prière que la force de l’Esprit de Dieu nous sera donnée afin que nous puissions tenir fermes dans les épreuves et résister aux attaques du malin. Il y en a qui, pour se donner bonne conscience, se convainquent de l’inexistence d’une vie après la mort, d’un jugement, du paradis et de l’enfer. Ne nous laissons pas tromper mes frères par quelque doctrine erronée. Changeons nos mauvaises manières, abandonnons le chemin du mal, du péché, de la perdition et empruntons la voie du bien, de l’amour, de la persévérance et de l’espérance.

C’est l’occasion pour nous de prier pour tous les chrétiens qui sont persécutés et qui sont mis à mort dans le monde à cause de leur foi. Que le Seigneur les fortifie de ses dons et de ses grâces, afin qu’à l’instar des sept frères du livre des Martyrs d’Israël, leur foi ne défaille pas et qu’ils restent fidèles à Dieu et demeurent dans l’espérance de la vie éternelle.

Pour nous qui sommes ici rassemblés au nom de notre foi au Christ ressuscité, demandons au Seigneur d’augmenter en nous la foi. Que les grâces de cette eucharistie ravive en nous la foi, l’espérance et la charité car l’important n’est pas de nous inquiéter et de chercher à savoir comment cela va se faire.  Ce qui est important, c’est que nous croyions et que nous espérions dans les promesses que le Christ nous a faites : « Là où je suis vous serez vous aussi avec moi » ou encore « je m’en vais vous préparer une place auprès du Père ». Qu’il en soit ainsi pour chacun de nous. Amen !

Yirmaûkû Fabrice K. SOME, diacre.