Frères et sœurs, peut-on faire l’expérience de la rencontre avec Jésus de Nazareth et ne pas changer de chemin de vie ? Chacun de nous ici présents, je le crois, a sans doute un jour, fait l’expérience de cette rencontre spirituelle. Peut-être que pour certains, c’était comme une éruption volcanique, pour d’autres comme une motion intérieure forte, pour d’autres encore comme dans une brise légère. Mais la question que je pose ici est de savoir, si de cette rencontre avec Jésus, nous sommes sortis transformés ou pas ?

En rappel, dimanche dernier, à travers le récit évangélique, une Samaritaine fait la rencontre avec Jésus au bord du puits de Jacob. Aussitôt, elle oublie sa soif, abandonne sa cruche et devient messagère de la Bonne Nouvelle auprès des gens de sa ville. Par son témoignage, les gens  de cette ville, à leur tour, parviennent à faire l’expérience d’une rencontre personnelle avec Jésus et témoignent de leur foi en Jésus en disant à la femme : « ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons maintenant ; nous l’avons entendu par nous-mêmes, et nous savons que c’est vraiment lui le sauveur du monde» (Jn 4, 42).

Frères et sœurs, comme dimanche dernier, dans l’évangile qui nous vient d’être lu, un homme fait la rencontre avec Jésus de Nazareth : cet homme était plongé dans l’obscurité depuis sa naissance, parce qu’aveugle de naissance. Avant d’entrer au cœur du message évangélique, faisons cette remarque. Dans les récits de guérison bibliques, c’est généralement à la demande du malade ou d’un de ses proches, que Jésus opère la guérison. Mais dans cet évangile, avant même que l’aveugle ne reconnaisse Jésus, avant même qu’il  lui exprime le désir d’être délivré de sa cécité, Jésus, touché profondément agit : il fait de la boue avec sa salive, l’applique à l’aveugle et celui-ci est délivré de sa cécité. Quel message pouvons-nous tirer de ces premières lignes de l’évangile ?

Voici une fois de plus, frères et sœurs, un passage qui nous rappelle la bonté de Jésus pour chacun de nous. S’il est vrai que souvent pris par les difficultés ou les détresses de toute sorte, il arrive que nous crions vers Dieu au point de nous essouffler, au point de nous révolter, sans ressentir qu’il agit en notre faveur, l’évangile nous montre que Jésus souvent nous devance. Il n’attend pas souvent d’être bousculé pour agir parce qu’il ne sait pas être  indifférents.

Revenant au message central de ce jour, nous constatons que si dimanche dernier, dans l’évangile, la Samaritaine et les gens de la ville de Sychar en faisant la rencontre avec Jésus, ont pu passer des ténèbres à la lumière de la foi, tel n’est pas le cas dans l’évangile dont nous venons d’écouter la lecture. Ici dans l’évangile, remarquons, il y a deux groupes. D’un côté, il y a celui qui accepte d’être conduits par Jésus de l’obscurité à la lumière : c’est l’aveugle de naissance. Et d’un autre côté, il y a ceux qui préfèrent demeurer dans l’obscurité, dans la nuit du péché : ce sont les pharisiens et autres.

Commençons par l’homme aveugle qui accepte d’être conduit par Jésus, des ténèbres à la lumière de la foi. Au départ, il est comme plongé dans une double obscurité. D’abord il est plongé dans l’obscurité naturelle : depuis sa naissance, il est aveugle donc incapable de voir la lumière du jour. Quand il rencontre Jésus à la porte du Temple et accepte de se laisser toucher par lui et d’obéir à sa consigne, le premier miracle se produit dans sa vie. L’évangile nous dit que lorsqu’il revient, il voyait. Il était guéri de sa cécité physique. Mais celui qui est l’auteur de sa guérison, était déjà parti et le voici livré à la foule. Certains de ses voisins refusent de reconnaître en lui, l’aveugle qui mendiait sa pitance à l’entrée du Temple, ils disent : « pas du tout, c’est quelqu’un qui lui ressemble ». Les pharisiens lui font tout un procès au sujet de l’identité de Jésus, de sa foi et de relation avec lui, l’aveugle témoigne qu’il est prophète jusqu’au bout. Ses propres parents se désengagent et l’abandonnent à son triste sort en disant : « interrogez le, il est assez grand pour s’expliquer », le procès se termine par la sentence finale, l’aveugle guéri qui témoigne que Jésus est un prophète est reconnu hérétique par le tribunal et expulsé du Temple comme un hérétique. C’est alors qu’il rencontre pour la seconde fois Jésus qui lui questionne sur sa foi en lui : « crois-tu au Fils de l’homme ? ». En réponse, non seulement il fait sa profession de foi au Fils de l’homme, mais en plus, il se prosterne devant Jésus. Pour lui, il n’est pas seulement un prophète, il est celui devant qui tout genou doit fléchir en signe d’adoration. C’est le second miracle, le plus grand d’ailleurs : l’homme est guéri non seulement de sa cécité physique mais aussi de sa cécité spirituelle, il accède à la foi, il parvient à la connaissance de celui qui dans le chapitre précédent a dit : « Je suis la lumière du monde, celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres, il aura la lumière de la vie » Jn 8, 12.

A l’opposé de l’aveugle guéri, il y a les pharisiens : ils sont accrochés à la loi du sabbat au point de mépriser l’auteur de la loi qui est Dieu. Ils sont satisfaits de leur connaissance. Non seulement il refuse de croire que Jésus est un prophète, mais encore ils cherchent coûte que coûte, vaille que vaille à détourner l’aveugle guéri de la foi en Jésus et comme ils ne parviennent pas à le convaincre, ils finissent par l’expulser du Temple.

Frères et sœurs, de l’attitude de l’aveugle de naissance et de celui des juifs, nous pouvons retenir beaucoup d’éléments pour notre croissance spirituelle. Pour ma part, je voudrais retenir seulement deux (02) pour orienter notre méditation de ce soir.

1er élément : Jésus est celui qui vient nous sortir de notre nuit. Mais jamais il ne pourra nous sortir de notre nuit tant que nous n’accepterons pas de le rencontrer, de nous laisser toucher par lui et de lui obéir. Dans l’évangile, l’aveugle de naissance, a accepté de se laisser toucher par lui, il a accepté d’obéir à Jésus en allant se laver à la piscine de Siloé. Conséquence : il revient guéri de sa cécité et accède à la lumière de la foi. Je crois qu’il en sera de même pour tous ceux qui à travers les siècles suivront sa volonté. Dans ce même passage de l’évangile, les pharisiens n’accepte pas Jésus, ils refusent de voir en lui la lumière du monde et combattent tous ceux croient en lui. Conséquence : ils sont condamnés à demeurer dans leur aveuglement spirituel. Je crois qu’il en sera de même jusqu’à la fin des temps pour tous ceux qui se fermeront à la lumière du Christ. Ce n’est pas une malédiction. Comme aime le dire, Dieu respecte notre liberté, le Dieu qui nous a créés sans nous, ne peut pas nous sauver sans nous.

-2ème élément : celui qui rencontre Jésus sur son chemin, qui veut témoigner de la vérité qu’il ne s’imagine être à l’abri des difficultés, des persécutions. Aujourd’hui, certains prédicateurs dans l’Eglise et notamment dans le Renouveau Charismatique aiment prêcher l’évangile de l’Espérance tout en passant sous silence la croix. Ils enseignent que lorsqu’on rencontre Jésus tout devient soudainement beau : nos échecs font place au succès, nos difficultés deviennent des facilités et nos pleurs deviennent des cris de joies…Et c’est ce que beaucoup de fidèles aiment écouter et applaudir. C’est l’évangile console mais ce n’est pas un discours qui berce. Evitons de donner raison à Nietzche et à tous ceux qui pensent que la religion est l’opium du peuple. L’espérance chrétienne ne voile pas la souffrance, elle la traverse pour nous donner de comprendre que la victoire finale est déjà remportée par le Christ mort sur la croix. Dans l’évangile, l’aveugle de naissance lorsqu’il rencontre Jésus et commence à témoigner de lui, il n’entre pas dans un monde paradisiaque, bien au contraire, il connait le mépris, l’abandon et le rejet. Que celui qui veut être disciple de Jésus qu’il sache que pour voir le matin de la résurrection, il faut parfois  accepter de passer  par Gethsémani et  Golgotha.

Frères et sœurs, que l’Eucharistie de ce jour, dessille nos yeux afin que nous puissions marcher à la lumière du Christ et vivre en fils et filles de lumière, aujourd’hui, demain et tous les jours de notre vie. Que le Seigneur nous écoute et nous exauce, lui qui nous aime maintenant et pour les siècles des siècles. Amen !