Textes de méditation : Dn 7, 13-14 ; Ps 92 ; Ap 1, 5-8 ; Jn 18, 33b-37.

Frères et sœurs, à la fin d’une année liturgique, l’Eglise reconnait, célèbre et adore en ce dernier dimanche, l’incomparable majesté du Fils de Dieu à travers la solennité du Christ-Roi de l’Univers. Cette année, la fête du Christ Roi de l’Univers est célébrée dans notre pays dans un contexte marqué par les préparatifs immédiats aux élections présidentielles. En effet, dans une semaine seulement, les burkinabè iront aux urnes voter leur président, celui qui sera à leur tête. Si les uns connaissent déjà celui qu’ils choisiront, les autres sont encore à se demander qui ils choisiront au moment venu. Leurs hésitations se trouvent fondées par le fait qu’il n’y ait pas trois ou quatre candidats comme on a l’habitude de le voir mais quatorze. Oui, au Burkina Faso, il y a 14 candidats à une seule chaise présidentielle. Cela nous montre combien, hommes, nous portons au plus profond de nous-mêmes le désir d’être au-dessus des autres, de régner sur eux.

Mais plus qu’un simple désir que nous portons au plus profond de nous-mêmes, c’est comme une nécessité pour toute organisation humaine d’avoir un répondant, un responsable, un chef….A l’école, il y a les délégués de classes, le délégué général, le maître ; le directeur. A l’université, il y a les doyens de faculté, il y a le recteur de l’université. Au service, il y a le chef de service, le DG, le DR …Dans nos familles, il y a aussi celui ou celle qui porte la culotte. Tous les groupes, toutes les associations ou organisations semblent ainsi construites. Et même l’Eglise dans son organisation ne semble pas déroger à la règle (au moins pour ce qui concerne la forme et non l’esprit) : il y a le responsable de CCB, le responsable de pôle et le président du conseil paroissial….

Frères et sœurs, en cette fête du Christ Roi de l’Univers, la Parole de Dieu nous fait découvrir les différences fondamentales qui existent entre la véritable Royauté, celle du Fils de Dieu et nos royautés humaines. Ces différences fondamentales se situent tant sur la manière de devenir roi, sur la durée du pouvoir royal que sur le contenu même de cette royauté.

  • Examinons la manière dont on accède à la royauté

Depuis quelques jours, nous constatons des affiches publicitaires dans la ville de Bobo qui nous invitent à voter telle personne ou telle autre. Des personnes battent ainsi la campagne pour devenir président. Il est même arrivé souvent qu’on use de l’argent ou de fausses manœuvres, pour acheter les consciences ou les obliger à voter un candidat donné. Il est même arrivé qu’on use de l’argument de la force pour s’imposer comme président, roi ou empereur. Quoiqu’on dise, nous constatons que dans le monde, la royauté s’acquiert.

Oui, dans le monde, on ne nait pas président, on le devient par élection. Et même dans les sociétés monarchiques, on ne nait pas roi, on hérite de la royauté, donc on l’acquiert par succession. Si dans le monde, on ne nait pas roi mais on acquiert la royauté dans le temps, le Christ-Jésus lui, n’a pas acquis sa royauté dans le temps, il est né roi. Comme le dit le prophète Isaïe, dès sa naissance, l’insigne du pouvoir est sur son épaule. Dans le livre de l’Apocalypse de Saint Jean que nous avons écouté, il est écrit : « Je suis l’Alpha et l’Oméga, dit le Seigneur Dieu, je suis celui qui est, qui était et qui vient, le Tout Puissant ».

Dans ce verset, la durée du règne du Christ est incomparable à ceux de nos rois terrestres.

Le président élu au Burkina est président pour un mandat de 5 ans renouvelables une fois selon l’article 37 de la constitution. On ne doit donc pas contre toute raison vouloir y rester longtemps. Si on s’obstine, un jour ou l’autre, la rue peut obliger à sortir sans honneur par la plus petite porte. C’est  ce que l’histoire nous appris. Dans ce monde, aucun homme ne peut régner éternellement. Quelle que soit la durée d’un roi sur le trône, un jour ou l’autre, il finit par recevoir la visite courtoise de la mort, et se sentir obligé de quitter son trône pour traverser avec elle la porte du non-retour. Si aucune royauté dans ce monde n’est éternelle, parce que le monde lui-même n’est pas éternel, il y a quelqu’un dont la royauté est éternelle : c’est Jésus. Dans le livre de l’Apocalypse de Saint Jean : Jésus nous révèle qu’il est l’Alpha, il nous révèle qu’il est l’Oméga. L’Alpha et l’Oméga qui sont la première et la dernière lettre de l’alphabet grec symbolise tout simplement pour nous chrétiens, l’éternité. Le Christ Jésus est Roi éternellement : sa royauté n’a pas commencé dans le temps et n’aura pas son terme dans le temps. Alors quand le ciel et la terre et tous ce qu’ils contiennent passeront, lui sa royauté demeurera. C’est bien lui qui est au centre dans une des visions du prophète Daniel. Sept siècles avant notre ère, le prophète Daniel a écrit :

« Moi Daniel, je regardais, au cours des visions de la nuit, et je voyais venir, avec les nuées du ciel, comme un Fils d’homme ; il parvint jusqu’au vieillard, et on le fit avancer devant lui. Et il lui fut donné domination, gloire et royauté ; tous les peuples, toutes les nations et toutes les langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera pas détruite ».

A la lumière du Nouveau Testament, ce qui était voilé dans ce passage devient on ne peut plus claire : celui qui dans la vision vient comme un Fils d’homme et à qui il fut donné domination, gloire et royauté est bien Jésus-Christ que célébrons aujourd’hui. De toute éternité, il est investi Roi de l’Univers par son Père représenté par le vieillard et « sa royauté ne passera pas, il ne sera jamais détruite ». Mais si la royauté du Christ diffère infiniment des autres royautés de par son caractère éternel, il faut aussi reconnaitre que de par sa nature, elle diffère infiniment des autres. En effet, dans un monde où la royauté tend à s’exprimer à travers une domination de terreur, de violence, de mensonge et d’injustice, l’évangile que la royauté du Christ s’exprime par un mode domination étranger à ce monde.

L’Evangile, nous donne de contempler la rencontre de deux rois : le roi de la terre représenté par Pilate et le Roi d’éternité Jésus. Le lieu de la rencontre est le tribunal de l’histoire. La scène est des plus paradoxales que le monde ait connues : le Roi éternel est sur le banc des accusés tandis que le roi terrestre trône en président du tribunal. Il n’y a qu’un et un seul chef d’accusation : la royauté. « Es-tu le roi des juifs? » demande le président du tribunal humain. Le roi d’éternité répond : « Ma royauté n’est pas de ce monde ; si ma royauté était de ce monde, j’aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux juifs. En fait, ma royauté n’est pas de ce monde ». « Es-tu donc Roi ? » Repris le roi humain. Le roi éternel de lui répondre : « c’est toi-même qui dit que je suis Roi. Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix ».

Frères et sœurs, ce passage proposé à notre méditation en ce jour nous montre la nature véritable de la royauté du Christ. De son premier trône que fut la pauvre crèche de Galilée à son dernier trône que fut la croix de Golgotha, Jésus a exercé un règne de vérité et d’amour.

  • Il a exercé un règne de vérité : il a révélé aux hommes non une vérité mais la vérité. Il a démasqué l’erreur, l’hypocrisie, le mensonge. Il a témoigné de la vérité au prix même de sa vie.
  • Il a exercé un règne d’amour : il a aimé les siens qui étaient dans le monde et il les a aimé jusqu’au bout et s’est livré sur l’autel de la croix pour témoigner qu’il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime.

Frères et sœurs, que la royauté du Christ ne soit pas à la manière des royautés terrestres mais plutôt une royauté d’éternité, de vérité et d’amour, cela a  deux importantes conséquences pour tous ceux qui se réclament du Christ Jésus.

  • 1ère conséquence : ceux-ci doivent se soumettre aux royautés terrestres pour le bien de la cité dans sa mesure où ces royautés terrestres ne s’opposent pas à la royauté du Christ. Mais dans la mesure où ses royautés s’opposent à la vérité et à l’amour, mû par le courage évangélique qui les disciples du Christ doivent lutter de tous leurs cœurs pour demeurer fidèle à la royauté éternelle du Christ, au prix même de leur propre vie.
  • 2ème conséquence : dans l’exercice des parcelles d’autorités qui leur sont dévolues, ceux qui se réclament de la royauté du Christ, sont appelés à imiter Jésus en exerçant sur leurs frères une autorité basée sur la justice, la vérité et l’amour.

Frères et sœurs, en célébrant cette solennité du Christ Roi de l’univers, demandons au Seigneur d’établir fermement son règne dans nos cœurs, afin qu’à la manière d’un ferment nous soyons pour ce monde des artisans de justice, de paix et d’amour. Que Jésus-Christ reçoive la gloire, l’honneur et la puissance pour les siècles des siècles.

Abbé Ema Edmond OUEDRAOGO