Textes de méditation: Jr 33, 14-16 ; Ps 25, 4-5.8-10.14 ; 1 Th 3, 12–4, 2 ; Lc 21, 25-28.34-36

Restez éveillés et priez en tout temps : ainsi vous paraîtrez debout devant le Fils de l’homme.

 

Chers frères et sœurs, ce dimanche nous introduit dans le temps liturgique fort de l’Avent. Qu’est-ce que l’Avent ? Il est tout simplement une période de quatre semaines liturgiques qui nous préparent à l’avènement du Seigneur à Noël. Le Christ est déjà venu il y a 2000 ans, dans une ville de Judée, à Bethléem. Aujourd’hui, c’est à Bobo qu’il vient, dans la ville de Sya, dans ta famille, dans ta vie, à ton lieu de travail. Il vient sans cesse dans chaque sacrement, dans chaque événement de ta vie, dans ton malheur comme dans ton bonheur.

Mais le Christ viendra encore à la fin des temps. Lui-même l’annonce dans l’Évangile (Lc 21, 25). La liturgie de la parole oriente notre regard vers cette venue dernière du Seigneur en nous parlant de son « Jour ». Ce sera le jour de la délivrance d’Israël, le jour où le Seigneur Jésus viendra avec tous les saints dans sa gloire, mais aussi le jour qui tombera à l’improviste sur les hommes asservis par la débauche, l’ivrognerie et les soucis de la vie.

Au sujet de cette venue dernière, Jésus nous en donne quelques signes : « Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles. Sur la terre, les nations seront affolées par le fracas de la mer et de la tempête. Les hommes mourront de peur dans la crainte des malheurs arrivant sur le monde, car les puissances des cieux seront ébranlées ». De prime abord, cette annonce faite par Jésus est terrifiante et déchirante. Ces signes sèment la peur dans les cœurs. Ils le sont d’autant plus à les entendre dans notre contexte actuel.

En effet, ici et là sur notre planète, on ne parle que de guerres, d’attentats, de terrorismes, de catastrophes naturelles, de malheurs de tous genres. Et ces décès enregistrés tous les jours dans nos quartiers, dans nos familles ? Hier c’était chez le voisin qu’est venu le corbillard. Aujourd’hui, c’est le tour d’un autre voisin. Demain, qui  ce sera? Serait-ce moi, Seigneur ? Serait-ce là déjà les signes précurseurs de la fin du monde annoncé par Jésus ? Nul ne le sait. Nous vivons dans l’incertitude, face à ces signes qui peuvent paralyser notre espérance et nous empêcher de relever la tête vers le Christ vainqueur de la mort.

Si le retour du Christ prendra une telle tournure tragique, où l’univers deviendra un chaos, pouvons-nous espérer vraiment la paix quand il viendra ? Jésus est-il vraiment un Roi de paix, celui qui doit venir sauver l’homme ? Nombre d’interrogations et d’inquiétudes légitimes peuvent hanter nos esprits, à vérifier ces signes dans notre monde actuel.

Mais, loin de vouloir nous décourager, Jésus veut au contraire attiser en nous la soif de son règne : un règne de paix, de joie, de bonheur sans pareil, un règne de justice. Jésus veut raviver en nous l’espérance au milieu d’un monde en proie aux souffrances de tous genres, au milieu d’un monde tourmenté. En effet, le courant apocalyptique, dans la Bible, avait pour but, non de proférer des malheurs, mais de faire renaître l’espérance chez des hommes persécutés. C’est dans cette perspective que Jésus se présente comme le Rédempteur des hommes. « Redressez-vous, dit-il. Relevez la tête car votre rédemption est proche ».

Jésus est le maître de l’histoire des hommes, quoi qu’il arrive. C’est lui qui aura le dernier mot, car il est vainqueur sur le mal. C’est lui notre espérance et notre salut. C’est lui qui viendra dissiper nos peurs devant l’adversité. Certes, nous rencontrerons des épreuves, des nuits obscures. Mais le Christ reste fidèle à ses promesses, et il est victorieux des puissances du mal. Le chaos dont il est question dans l’Évangile, s’il doit s’abattre sur le cosmos, c’est en vue de faire place à un monde nouveau qui doit surgir de notre monde marqué par le mal.

Bien-aimés de Dieu, il n’y a pas à avoir peur de demain. Jésus refera un monde nouveau qui jaillira du cœur de la miséricorde de Dieu. La rédemption est l’événement que nous devons attendre. C’est maintenant l’heure de notre libération. C’est le règne éternel du Christ qui commence aujourd’hui, ici et maintenant. Ce monde, il prend racine dans ta famille, dans tes occupations quotidiennes, dans tes peines et tes espoirs, dans les relations que tu entretiens avec ton entourage.

Mon frère, ma sœur, Jésus veut un monde où l’on n’adore point d’autres dieux que lui seul. Il vient te sauver des faux dieux qui sont dans ton cœur, dans ta maison. Peut-être t’es-tu rendu esclave ces statues auxquelles tu sacrifies. Peut-être t’es-tu retrouvé dans le filet des idoles que sont : l’argent, le pouvoir ou la jouissance facile, les mauvaises habitudes, l’ivrognerie, la débauche… Ce sont eux qui nous conduisent vers la mort tragique. Ce sont ces puissances qui seront ébranlées par la venue du Christ. Tant que tu demeureras esclave de ces faux espoirs, de ces fausses joies, l’annonce de la venue du Christ ne cessera jamais de semer en toi la peur.

Mais c’est pour toi le Christ a annoncé sa venue dernière. Il vient te délivrer de ces chaînes. Le temps de l’Avent, c’est l’heure de ta libération pour accueillir le Roi, le vrai Dieu de ta vie. C’est le temps du désir de ta liberté pour servir Dieu. Lui permettras-tu d’instaurer son règne en toi ? Pauline, Marie, Pascal, Thérèse, qu’attends-tu pour donner avec amour toute ta vie au Christ ? Mais qu’attends-tu pour laisser la gouverne de ta vie au Christ ? Ne remets pas à demain ta conversion d’aujourd’hui. Ne remets jamais à demain le oui que le Christ attend de toi en cette eucharistie. Avec lui, tu vaincras en tout temps. Sans lui, tu ne pourras rien faire. C’est aujourd’hui le jour favorable. C’est aujourd’hui le moment de revenir au Seigneur. Le Christ dit dans l’Évangile : « Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que votre cœur ne s’alourdisse dans la débauche, l’ivrognerie et les soucis de la vie, et que ce jour-là ne tombe sur vous à l’improviste. Restez éveillés et priez en tout temps : ainsi vous serez jugés nets et dignes d’échapper à tout ce qui doit arriver et de paraître debout devant le Fils de l’homme ».

Bien-aimés de Dieu, le Christ ne veut pas la mort du pécheur. Il ne veut qu’aucun d’entre nous ne se perde. Il a versé son sang pour nous. La voie royale pour ouvrir ta porte au Christ, c’est l’amour. Si tu veux attendre le Christ en ce temps de l’Avent, il te suffit d’aimer et d’apprendre à aimer, de t’exercer à la charité. Car le Christ vient dans le pauvre qui mendie à ta porte, dans le malade, sous la peau sèche du vieillard qui mérite considération et respect. Le Christ vient à toi sous le prisonnier qui attend ta visite, sous le blessé qui attend que tu lui panses les plaies, sous l’homme attristé et désespéré qui glane sur ton visage quelque sourire pour ranimer son espérance.

Et toi, l’homme politique, le Christ vient aussi à toi sous le visage de ce peuple qui attend la justice, la réconciliation, la paix, la vérité, la réalisation des promesses que tu lui as faites. Et tu n’as pas le droit de le décevoir, de passer outre le droit pour ruser avec la voix du peuple. Vox populi, vox Dei, dit-on. Mais si tu veux vraiment réussir dans cette mission que Dieu t’aura confiée par l’entremise de son peuple, tu peux. Il te suffit de veiller dans la prière, pour ne pas te laisser entraîner par l’esprit de corruption, d’impunité, d’injustice, de ruse, de trahison, de violence, de vengeance. Lutte et résiste à la servitude des biens matériels, de la vaine gloire du pouvoir de quelques jours.

Et toi, électeur, épris de patriotisme et d’intégrité, si tu veux que le règne du Christ advienne sur toi et sur le Burkina, va aux urnes, et vote le candidat que ta conscience libre t’aura dicté. Ne te laisse pas vaincre par l’appartenance ethnique, ni clanique, ni régionale, ni même religieuse. Pense plutôt à Dieu et à tous les Burkinabè. Car ta voix compte pour l’avenir de toute la nation, pour l’avènement d’un Burkina nouveau. Sois libre et tu seras vainqueur du mal avec Jésus. Alors, quand il apparaîtra à son retour, le Christ-Roi de l’univers te trouvera net et irréprochable dans la paix, debout et attendant ta rédemption, digne de paraître avec lui dans la gloire du Père. Amen ! Maranatha, viens, Seigneur Jésus.

Abbé Valentin YOUGBARE, Diacre