Lectures du jour: Nb 6, 22-27, Ga 4, 4-7 ; Lc 2, 16-21

Frères et sœurs en Christ, que la grâce et la paix de notre Seigneur Jésus Christ soient toujours avec vous.

Au début de mon homélie, je voudrais vous demander une chose. Nous avons chanté pour le Seigneur, nous avons loué le Seigneur, nous l’avons acclamé, nous avons crié son nom. C’était bien et c’était même merveilleux. J’ose vous demander maintenant une chose : le silence. Cette demande vous surprend et peut-être vous parait absurde, ce n’est pas grave, vous comprendrez pourquoi. Oui, frères et sœurs, gardons un instant de silence, un instant de recueillement. Durant ce temps de silence et de recueillement, qui dans cette assemblée un tant soit peu n’a pas été distrait ou dérangé par la musique ? C’est évident, tout le monde ou la plupart a été dérangé. Oui de l’Est à l’Ouest, du Nord au Sud, des bruits nous parviennent, des musiques (Zouk, reggae, ragga, slow…) fusent de partout. C’est le 31 décembre, le dernier jour de l’année ou c’est déjà le nouvel an. Les bars et les maquis sont bondés de mondes, les boites nuits sont pleines à craquer. C’est la fête, oui c’est la fête partout. Et alors, pourquoi sommes-nous là, pourquoi sommes en reste de la fête ?

En tant que père de famille ou mère de famille, nous aurions pu organiser cette soirée de réveillon à un grand diner en famille ou entre amis, jusqu’à attendre les douze coups de minuit. En tant que personnes assez avancées en âge ou enfants moins avancés en âge, nous aurions pu évité de prendre le froid, en nous installant confortablement devant notre téléviseur pour savourer le programme spécial servi par la RTB qui se relève de ses cendres ou par d’autres chaînes encore, avec la gamme très diversifiée que nous offre Canal Sat. En tant que jeunes, nous aurions pu rejoindre les jeunes de notre âge qui sont présentement entrain de vibrer à moon light, à Dinco ou au Choco, les boites de nuits les plus réputée de Bobo. Nous aurions pu, mais hélas ! Nous n’avons rien voulu de tout cela.

Nous avons choisi de venir en ce lieu saint de notre archidiocèse, afin de terminer l’année 2014 par la célébration de la messe et de commencer la nouvelle par la bénédiction du Saint Sacrement. Ainsi, à minuit précise, avant même que nous nous échangions les vœux du nouvel an, c’est le Seigneur lui-même qui nous adressera le premier, les vœux les meilleurs pour l’année civile 2015. C’est Jésus lui-même, le grand prêtre par excellence, présent dans le Très Saint Sacrement de l’autel qui nous bénira. Ce qu’il avait recommandé aux prêtres de l’Ancienne Alliance, à Aaron et à sa descendance dans le livre des Nombres de prononcer comme bénédiction, il le fera lui-même pour chacun de nous.

Pour nous africains, la parole prononcée est souvent efficace, si elle est faite avec foi et accueillie dans la foi. Il y a quelques années, quand j’étais en cycle de philosophie, j’ai rencontré un monsieur triste qui se disait et qui disait à qui veut l’entendre que la vie n’a pas de sens, que le bonheur ou le malheur qui nous arrive dans cette vie est attiré par notre entourage et quelques fois par nos proches. Comme je ne partageais pas ses propos, il me chercha à me faire adhérer à sa doctrine en racontant le récit de sa vie de laquelle découle toute sa doctrine.

« Au temps de ma jeunesse, me dit-il, j’étais promu à un avenir radieux. J’étais très brillant dans les études et j’excellais au foot. J’étais tellement passionné quand nous avions un match à livrer que beaucoup de choses m’échappaient. Notre équipe était en finale cette année-là et j’étais le meilleur pion de l’équipe. Mais voici que papa tomba très gravement malade, il s’alita et son état s’empira. Je fis savoir à mon père que je ne pouvais pas rester à son chevet car mon équipe avait un match décisif à livrer mais mon père ne voulut pas que je le quitte un instant. Je fis à ma tête. En me voyant partir, papa très désolé me dit : « e ta kiènna » ce qui se traduit littéralement « pour toi, c’est foutu, plus d’avenir radieux pour toi ». Après la victoire de l’équipe en rentrant, je rencontrai le cortège funèbre de mon papa. Trois années après, j’étais admis à poursuivre mes études au Canada et à la dernière minute, j’appris que mon nom n’a plus été retenu et depuis lors c’est une série d’échecs qui se succèdent dans ma vie. Celui m’a donné jour m’a dit « e ta kièna » avant de mourir et sa malédiction me suit.

 J’ignore si la malédiction de son père le suit vraiment, mais si une malédiction ou une bénédiction prononcée par un humain peut être efficace combien encore la bénédiction de notre Dieu, est-elle être efficace pour vous et pour moi. Si le récit de ce monsieur triste n’est pas nécessairement une preuve de l’efficacité de la malédiction paternelle, nous en avons, nous au moins la preuve que la bénédiction de Dieu n’est pas stérile. La  preuve des preuves, c’est Marie, Mère de Dieu dont nous célébrons en ce 1er jour de l’an, la fête. La bénédiction rituelle que le « Seigneur te bénisse et te garde ! Qu’il fasse briller sur toi son visage ! Qu’il se penche vers toi !… s’est réalisée, elle est devenue concrète en Marie. Oui, le Seigneur s’est penché sur son humble servante Marie et désormais tous les âges lui diront bienheureuse. Ce que le Seigneur a fait pour Marie, il le fera pour chacun de nous en 2015, il se penchera sur chacun de nous en 2015.

Ce soir, nous sommes sortis pour vivre le passage à la nouvelle année. Comme les bergers de l’évangile, qui arrivent en toute hâte pour trouver Jésus, nous avons fait une démarche jusqu’ici afin de rencontrer le Seigneur et de nous rassembler autour de lui et de Marie sa mère. Si les bergers n’avaient pas accepté de se laisser pousser par le désir de Dieu, la soif de rencontrer celui dont les anges ont annoncé la naissance dans la nuit, s’ils n’avaient pas accepté de sortir de leur programme pastoral habituel (au sens littéral du terme) pour aller à l’aventure, pour s’ouvrir au programme divin, ils ne découvriraient pas à coup sûr Marie et Joseph, avec le nouveau né couché dans la mangeoire, et ne glorifieraient pas et ne loueraient pas Dieu pour la merveilleuse naissance de Jésus comme ils l’ont fait. Marie, la Mère de Dieu dont nous célébrons la fête à accepter de sortir de son projet ordinaire pour entrer dans un projet divin imprévisible. En effet, la Vierge Marie aurait pu se replier sur elle-même et sur ses désirs ; elle était libre de refuser le projet divin. Mais elle a accepté d’aller en dehors de ce qu’elle avait prévu. En entrant dans le projet de Dieu, elle permet à la bénédiction divine d’agir, à l’impossible de devenir possible.

Frères et sœurs, au seuil de cette année nouvelle, nous pouvons être taraudé par cette question : « Que sera cette année nouvelle, oui que sera cette année 2015 ? La Parole de Dieu que nous avons écouté contient une bonne nouvelle pour chacun de nous. Cette bonne nouvelle c’est que le ciel n’est pas fermé. Dieu fera pleuvoir sur chacun de nous sa bénédiction, une bénédiction capable de transformer notre vie, de la féconder. Pour recueillir cette bénédiction nous sommes appelés à demeurer ouverts à la grâce. De même qu’une calebasse renversée ne peut recueillir l’eau de la pluie, de même un cœur qui ne s’ouvre pas à l’Esprit ne saura recueillir la pluie de bénédiction divine de la nouvelle année. Avec la bénédiction divine, l’espérance peut renaître, l’impossible peut devenir possible : l’enfant de Bethléem dont nous avons célébrer la nativité peut naître de nouveau dans les cœurs, la paix et l’amour qu’il apporte peuvent revisiter les cœurs meurtris, les familles divisées, les pays en guerre. Oui, cette nouvelle année est une nouvelle page qui s’ouvre pour nous, mais une page qui n’est pas totalement vierge parce qu’elle contient déjà des lignes de bénédiction tracée par Dieu. Il nous demande de remplir la page en inscrivant les instants de notre vie de 2015 sur ces lignes.

La Parole de Dieu que nous avons écouté contient une bonne nouvelle pour chacun de nous. Cette bonne nouvelle, c’est que nous pouvons en appeler à la Mère de Dieu pour que nos engagements demeurent des « oui » de chaque instant.

Que Dieu nous bénisse abondamment en 2015 et que la vierge Marie nous aide à vivre cette année nouvelle dans une fidélité de chaque instant ! Amen !