TEXTES DE BASE : Ex 12, 1-14 ; Ps 116 ; 1Co 11, 23-26 ; Jn 13, 1-15

Chers frères et sœurs, que le Dieu d’Amour et de Paix soit toujours avec vous ! En ce jeudi saint, nous entrons dans le « Triduum Pascal », le sommet de l’année liturgique, les trois jours les plus importants qui nous conduisent à Pâques, la plus grande fête chrétienne. Au cours de ces trois jours, nous célébrons ce que Jésus a appelé « son heure ». Aujourd’hui, jeudi saint, nous faisons mémoire de deux évènements : l’institution de l’Eucharistie et du sacerdoce. Il s’agit de deux réalités essentielles de notre foi et de notre religion : l’Eucharistie qui maintient en nous la vie de Dieu, et le Sacerdoce qui nous permet d’avoir toujours l’Eucharistie. Qu’est-ce que l’Eucharistie et qu’est-ce que le sacerdoce ? Voici les deux questions qui orienteront mon homélie à partir des textes sacrés.

« Ceci est mon corps livré pour vous. Ceci est mon sang versé pour vous… Prenez et mangez…, Prenez et buvez… ». Frères et sœurs, voici la Parole qui a créé et qui continue d’actualiser le cœur de notre foi, l’Eucharistie, le don le plus merveilleux que notre Seigneur Jésus-Christ a fait au monde. Il a tellement aimé le monde qu’il lui a fait don de lui-même. A travers cette parole, Jésus a fait du pain et du vin son corps et son sang, afin de pouvoir continuer de sauver le monde tombé dans l’esclavage du péché. L’Eucharistie ou la messe est l’unique sacrifice des chrétiens catholiques, le seul sacrifice qui nous sauve, sacrifice parfait réalisé par Jésus-Christ sur la croix.

De plus, L’Eucharistie est aussi pour nous chrétiens un repas qui actualise le dernier repas que Jésus a pris avec ses disciples, repas qu’il a voulu laisser après sa mort, pour la vie du monde. En effet, lorsque Jésus a promis l’Eucharistie, il a affirmé que c’est une nourriture qui n’est pas seulement utile, mais nécessaire : elle est condition de vie pour nous chrétiens, l’unique repas qui nous donne la vie Eternelle : « Amen, amen, je vous le dis, si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez son sang, vous n’aurez pas la vie en vous-mêmes » (Jn 6,53). Ainsi, de même que la nourriture naturelle maintient l’homme en vie et lui donne des forces pour cheminer en ce monde, de manière semblable, l’Eucharistie maintient en nous, la vie dans le Christ que nous avons reçue avec notre baptême. Et, celui qui ne se nourrit pas du Christ, ne pourra jamais vivre de Lui. C’est l’Eucharistie qui nourrit notre vie et notre foi. Voilà pourquoi le concile Vatican II affirme que l’Eucharistie est la source, le centre, et le sommet de toute vie chrétienne ; tous les autres sacrements de l’Eglise en dépendent (cf. LG 11 ; CEC 1324) parce qu’en elle, se trouve la présence réelle et efficace du Christ, Chemin, Vérité et Vie.

En outre, bien-aimés de Dieu, après avoir fini de se donner au monde, Jésus a voulu que ce qu’il a fait en un seul jour soit actualisé tous les jours, jusqu’à la fin des temps. Voilà pourquoi il a dit : « Faites cela en mémoire de moi ». Et pour que cette parole s’accomplisse, Jésus a donné au monde des prêtres. C’est grâce à eux qu’il continue d’être présent partout dans le monde et ce, depuis plus de 2000 ans. Oui frères et sœurs, le prêtre est celui par qui le Christ continue de se donner au monde dans l’Eucharistie. On pourrait donc dire que l’Eucharistie est la raison d’être du prêtre, de même que le prêtre est celui par qui l’Eucharistie continue d’exister comme l’a voulu Jésus. Eucharistie et prêtre sont donc les deux réalités essentielles de la foi et de la religion catholique. Deux trésors qu’aucune autre religion au monde ne possède. Mais aujourd’hui, notre monde est de plus en plus hostile à ces réalités que la raison humaine n’arrive pas à expliquer. Aujourd’hui, beaucoup s’attaquent au sacerdoce des prêtres. Ils profitent de la faiblesse de nos prêtres pour détruire notre Eglise souvent, avec la complicité des chrétiens. Soyons vigilants chers frères et sœurs, pour ne pas aider les autres à déstabiliser notre religion. Ne soyons pas de ceux-là qui dénigrent nos prêtres avec nos critiques, qui les livrent à vil prix comme judas Iscariote, dans les rues, les débits de boissons et les cercles de causeries.

Certes, bien de fois, nous les prêtres avons été à l’origine de plusieurs scandales dans le monde, en témoigne la crise actuelle de pédophilie des prêtres qui fait la une des journaux dans certains pays de l’occident. Oui nous le reconnaissons, bien de fois, c’est nous les prêtres qui par notre contre-témoignage, prêtons le flanc à ceux qui veulent détruire notre ministère. Je profite donc de ce grand jour qui nous est consacré pour demander pardon à Dieu et à vous chers frères et sœurs. Pardon pour tous les abus et contre-témoignages donnés par nous prêtres ici dans notre paroisse, dans notre diocèse et aussi dans le monde. Mais une fois de plus, ne laissons pas les ennemis de l’Eglise profiter de cela pour attirer notre attention sur le côté sombre de nos prêtres. L’arbre ne doit pas cacher la forêt dit-on souvent, car, malgré leurs infidélités, beaucoup de prêtres réalisent chaque jour de grandes merveilles qui malheureusement passent souvent inaperçues. Comme l’a dit un jour notre Pape François, les prêtres sont comme des avions. On ne parle d’eux que lorsqu’ils tombent (lorsqu’ils font des crashs). L’énorme bien et les multiples services rendus par les prêtres chaque jour au monde, ne sont pas souvent racontés à la télé, dans les journaux et les lieux publics. Frères et sœurs, même quand vos prêtres viennent à tomber ou à faillir, de grâce ! Allez les voir dans les bureaux ou les presbytères pour leur dire en face ce que beaucoup aiment à raconter dans les lieux publics. Au lieu de les enfoncer, par nos médisances, aidons-les à se relever s’ils viennent à tomber car après tout, c’est pour nous qu’ils sont prêtres et quoiqu’il arrive, ils seront toujours là pour nous, et nous aurons toujours besoin d’eux.

Cette fête du sacerdoce est aussi pour moi, l’occasion de réaffirmer à Dieu, ma reconnaissance, ma joie et mon bonheur d’être prêtre. Malgré, ses multiples exigences, malgré les déceptions et toutes les expériences malheureuses, je reste toujours heureux de mon sacerdoce et je ne regrette pas d’avoir librement fait ce choix. Car pour moi, ces multiples abus de prêtres n’entachent en rien, la noblesse du vrai sacerdoce institué par le Christ. Alors chers confrères prêtres, ne nous laissons-pas distraire par les maux qui sévissent dans nos rangs. Soutenons-nous mutuellement, aidons ceux qui sont tombés à se relever, et faisons tout ce que nous pouvons pour éviter la chute de ceux qui ne sont pas encore tombé. Afin que tous ensemble nous restions debout, malgré la furie des médias et des vents contraires de ce monde qui s’acharnent sans cesse contre notre sacerdoce.

En ce jour de l’Eucharistie et du sacerdoce, je vous invite chers frères et sœurs, à prier pour tous vos prêtres, afin qu’ils prennent sans cesse conscience de ce qu’ils sont et de l’importance de leur Mission. Je vous invite également, à aimer vos prêtres en les aidants avec tout ce que vous pouvez, pour qu’ils soient fidèles à leur sacerdoce et pour qu’ils soient toujours disponibles pour vous donner ce que le monde entier ne pourra jamais vous donner : le pardon de Dieu, et le corps de Jésus, c’est-à-dire sa présence servante, douce et humble au milieu de nous. Priez pour nous, pour tous les prêtres, pour que nous puissions vraiment accomplir ce service du ministère, non pas comme une simple fonction, mais en y mettant tout notre cœur, avec la même force, la même douceur, le même amour que Jésus nous a démontré.

Pour finir frères et sœurs, l’Évangile d’aujourd’hui vient de nous rappeler le lien très fort entre l’Eucharistie et le sacerdoce ou le service de la charité. Jésus ne s’est pas contenté du partage du pain. Il s’est levé de la table et s’est mis à genoux. Et cela non plus n’a pas suffi : il s’est mis à laver les pieds de ses disciples. À travers ce geste c’est Dieu qui s’avance vers nous. Il s’agenouille pour laver nos souillures, nos blessures, nos peines et nos misères. C’est ce geste que nous allons symboliquement réaliser en lavant les pieds de quelques membres de la communauté. Que personne n’empêche Dieu de toucher à sa misère comme a voulu le faire Pierre. Laissons notre Dieu nous laver les pieds pour que nous puissions à notre tour, nous donner au service de nos frères et sœurs. Oui, c’est à nous aujourd’hui d’actualiser sans cesse ces deux gestes indissociables : l’Eucharistie et le service de la charité. Après avoir mangé le corps du Christ, nous devons accepter de nous donner pour les autres.

Par cette Eucharistie, demandons pour chacun de nous, la grâce de savoir donner toujours le meilleur de nous-mêmes aux autres, car le vrai bonheur réside dans le don du meilleur de soi-même à Dieu pour les autres. C’est cela le vrai sacerdoce que nous célébrons aujourd’hui et c’est cela que nous sommes tous appelés à vivre sans cesse pour notre Dieu. A Lui soit la gloire, maintenant et pour les siècles et des siècles. Amen !

Abbé Juste Négus HILOU (Prêtre Heureux de Jésus-Christ)