Homélie du mercredi des cendres, Année A.

Bien aimés de Dieu,

Nous célébrons en Eglise aujourd’hui, le mercredi des cendres : c’est le premier jour du Carême. Dans l’ordo missae, ce jour n’est inscrit ni au nombre des solennités, ni au nombre des fêtes ou des mémoires obligatoires et pourtant, ce jour demeure particulier voire unique dans l’année pour bien des fidèles chrétiens. Pourquoi ? Voici deux raisons parmi tant d’autres : le rite de l’imposition de la cendre à tous les fidèles et l’appel solennel à revenir à Dieu, source véritable du bonheur.

L’un des éléments caractéristiques de ce premier jour de carême est le rite de l’imposition de la cendre au cours de la célébration eucharistique. Ce rite a lieu après l’homélie et à la différence de la communion, tous les participants à la célébration y ont droit. Il marque singulièrement le début du carême a tel point que certains fidèles vont jusqu’à croire que lorsque l’on n’a pas reçu les cendres, on n’est pas encore entré dans ce temps fort. Ce qui oblige en conscience certains de ceux qui n’ont pas pu participer à la liturgie du mercredi des cendres, à en exiger aux prêtres les jours suivants et même en dehors de la célébration. L’imposition des cendres telle que l’Eglise l’a voulue, a lieu au cours de la messe du mercredi et tient lieu de préparation pénitentielle. En dehors de cette liturgie, il n’est pas prévu de faire de l’imposition des cendres au bureau ou à la cour. Les fidèles chrétiens qui n’ont pas pu recevoir les cendres peuvent bien vivre leur carême. Mais tout comme la communion en dehors de la messe est autorisée pour les personnes infirmes, (les malades, les vieillards qui ne peuvent plus se rendre à la célébration à l’église), l’imposition des cendres peut être reçue par ces gens-là.

Si les fidèles chrétiens accordent une telle importance à l’imposition des cendres, quelle sa signification ? En imposant les cendres aux fidèles, le prêtre dit « Souviens-toi que tu es poussière, et que tu retourneras en poussière » (Cf. Gn 3, 19) ou « Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle » (Mc 1, 15).

Frères et sœurs, chacun de ces versets que le prêtre prononce, nous donne de saisir le sens obvie de ce rite. En effet, la cendre, c’est ce qui reste quand tout a été brûlé, consumé. Qu’est-ce qui reste quand tout a été brûlé ? Pratiquement rien, de la poudre blanche qui s’appelle « cendre », qui est assimilée à la poussière et que le vent peut soulever, transporter, disperser à sa guise. C’est la précarité de notre vie et notre état de pécheur qui sont ici symbolisés à travers les cendres.

Le premier verset rend cela plus explicite. En effet, ce verset se situe dans le contexte du péché originel. L’homme en voulant s’émanciper de Dieu, pour devenir comme Dieu par ses propres moyens et par la désobéissance, pèche contre Dieu et en retour, il entend Dieu lui dire : « C’est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, jusqu’à ce que tu retournes dans la terre, d’où tu as été pris; car tu es poussière, et tu retourneras dans la poussière. » (Gn 3, 19). A travers l’imposition des cendres, en disant : « souviens-toi, que tu es poussière et que tu retourneras en poussière », le prêtre rappelle que la vie de l’homme sans Dieu n’est que vanité. Comme la cendre ou la poussière, elle finie par disparaitre et alors, il invite le chrétien à revenir à l’essentiel, à Jésus.

« Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle » tel est l’autre verset qui est dit pendant l’imposition des cendres. Jésus après son baptême au Jourdain, commence sa mission par cet appel solennel à la conversion. Ce verset nous livre l’essentiel de toute la prédication de Jésus. C’est à la lumière de ce verset que nous pouvons comprendre son œuvre et son enseignement. Le moment où Dieu sera vraiment reconnu comme tel et où les hommes vivront selon sa volonté, ce moment est tout proche. C’est pour accueillir ce grand jour qu’il faut se convertir, c’est-à-dire axer toute sa vie sur Dieu. Cet appel à se convertir, à revenir à Dieu, traverse d’un bout à l’autre, la Parole de Dieu en ce premier jour de carême.

« Revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, la prière et l’aumône. Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements, et revenez au Seigneur votre Dieu, car il est tendre et miséricordieux, lent à colère et plein d’amour, renonçant au châtiment. » Ces paroles du prophète Joël nous invite à la conversion et nous en indique le chemin.

Frères et sœurs, notre vie quotidienne est marquée par beaucoup d’évènements. Il y a le travail, les évènements sociaux (baptême, mariage, anniversaire), la quête de bien-être matériel et économique qui nous occupent ou qui nous préoccupent. Ainsi, sans peut-être le vouloir, nous pouvons nous retrouver loin de l’Essentiel, loin de la source du véritable bonheur qu’est Dieu. Le carême est un temps de conversion, le temps du grand retour à Dieu. Ce n’est pas un retour apparent, superficielle, ce retour est avant tout intérieur. C’est un mouvement qui doit s’opérer dans les profondeurs de notre être. Voilà pourquoi, par la bouche du prophète Joël, Dieu nous invite à « déchirer nos cœurs et non pas nos vêtements ». Un adage dit que l’habit ne fait pas le moine pour signifier que ce n’est pas le visible qui révèle la qualité de notre identité morale et religieuse. L’évangile, en nous donnant des moyens pour revenir à Dieu met beaucoup l’accent sur l’esprit dans lequel ses moyens peuvent porter leurs fruits. Quels sont ces moyens que propose l’Eglise ? Dans quel est le mode d’administration de ces moyens ou l’esprit dans lequel ils peuvent nous être vraiment utiles ?

L’évangile selon Saint Matthieu qui nous est proposé en ce jour, nous donne trois moyens  ou les trois piliers du carême qui sont : le jeûne, la prière et l’aumône.

Le jeûne nous permet de mieux connaître ce qui nous habite. Quels sont nos désirs les plus profonds ? Le jeûne consiste à se priver d’un ou de plusieurs repas ou d’autres choses afin de ressentir au-delà de la faim matérielle, la faim et la soif de Dieu et de sa parole. Il n’est pas seulement un geste de pénitence, mais aussi un geste de solidarité avec les pauvres (ceux qui ne mangent pas trois fois par jour) et une invitation au partage et avec eux. C’est une privation volontaire de ce qui nous rassasie : la nourriture, mais aussi le tabac, l’alcool, la télévision, facebook… Tout ce qui met notre vie sous la tyrannie de l’habitude et du besoin.

La prière consiste à une vie d’échange avec Dieu. Il y a l’écoute attentive et la méditation de la Parole de Dieu qui nous permettent de mieux connaître Dieu et de mieux nous connaître, de connaitre ce que doit être notre vie devant Dieu et où nous en sommes réellement. Dans son message de carême, le pape, après expliqué la Parabole du Pauvre Lazare, affirme que « la racine des maux (du riche) réside dans le fait de ne pas écouter la Parole de Dieu ; ceci l’a amené à ne plus aimer Dieu et donc à mépriser le prochain ». Le riche n’a pas su écouter la Parole de Dieu. Le pape conclut que  « la Parole de Dieu est une force vivante, capable de susciter la conversion dans le cœur des hommes et d’orienter à nouveau la personne vers Dieu. Fermer son cœur au don de Dieu qui nous parle a pour conséquence la fermeture de notre cœur au don du frère ».Il y a toute la vie sacramentelle : le sacrement de l’Eucharistie, le sacrement de la réconciliation et de la pénitence. Il y a ensuite les autres formes de prières (prière de louange, d’intercession, de demande, d’action de grâce) qui marquent la journée.

L’aumône consiste au partage avec ceux qui sont dans le besoin. A travers son message de carême de cette année, le Pape François en s’appuyant sur la Parabole du riche et du pauvre Lazare, nous fait saisir la nécessité de l’aumône durant le temps de carême. L’aumône ne doit pas être un moyen parmi tant d’autres. C’est la voie sûre qui nous permet de revenir de tout cœur à Dieu, parce qu’à travers la personne du pauvre que nous rencontrons, c’est Dieu lui-même que nous rencontrons. Mais ces moyens ne sauraient nous conduire à Dieu, que s’ils sont utilisés selon l’esprit du Christ.

L’esprit que le Christ enseigne ici c’est la discrétion, l’effacement. Il nous dit dans l’évangile : « Si vous voulez vivre comme des justes, éviter d’agir devant les hommes pour vous faire remarquer. Autrement il n’y a pas de récompense pour vous auprès de votre père qui est aux cieux ». En parlant du jeûne, de la prière, de l’aumône, Jésus nous invite à éviter le m’as-tu vu des pharisiens. La récompense qui vient des hommes est comme la cendre que nous recevons, elle se dissipe. La véritable récompense vient de Dieu, elle est éternelle ? Quelle récompense voudrions-nous recevoir ? La manière dont nous vivrons le carême 2017 le dira.

Abbé Ema OUEDRAOGO