Avec la célébration du premier dimanche après la dernière semaine de l’Année liturgique, nous entrons dans le temps de l’Avent. Du latin « adventus », littéralement : « celui qui vient », l’Avent est un temps liturgique de quatre semaines qui nous préparent à Noël. Il marque le début de l’année liturgique. Cette année, il commence le dimanche 29 novembre et se termine, comme d’habitude, le 24 décembre. L’Avent a une place toute spéciale dans la liturgie : on y rappelle la longue attente de Dieu par les justes et l’attente, pour tous les chrétiens, de la venue. Il est donc un appel à la conversion pour accueillir le Seigneur qui vient.

Sans que ce soit un temps de tristesse, cette attente exclut les grandes festivités : la couleur liturgique est le violet (sauf le troisième dimanche où elle est rose, couleur de joie, pour montrer que cette attente reste joyeuse) qui signifie la lutte de l’Amour contre la mort. On omet le « Gloire à Dieu » ou Gloria à la messe du dimanche.

Cette année, l’Avent revêt un caractère particulier, eu égard à quelques événements qui marqueront notre vie chrétienne. En effet, dans notre pays le Burkina Faso, nous sommes en train d’achever la période de la transition politique. Nous sommes donc dans l’attente des fruits des élections couplées présidentielle et législative. Tous, nous espérons que le Seigneur nous donnera des dirigeants qui se laisseront guider par un esprit de paix, par la justice et la vérité, en somme par l’Esprit Saint. Dans notre Église-Famille Burkina-Niger, nous vivons l’année pastorale en cours sous le signe de la communion et de la prière en famille, à travers ce thème que les Œuvres Pontificales Missionnaires du Burkina-Niger nous ont proposé comme orientation : « Famille chrétienne, sois fidèle à la communion fraternelle et à la prière ». Au niveau de l’Église d’Afrique, le Symposium des Conférences Épiscopales de l’Afrique et de Madagascar nous invite à œuvrer pour la Réconciliation. Au niveau mondial, toute l’Église Catholique vient de célébrer le Synode sur la Famille. Les pères synodaux, autour du Pape, se sont mis à l’écoute de l’Esprit pour penser à l’avenir de la famille humaine sans laquelle aucun homme ne peut vivre vraiment homme. Outre ces événements, le 8 décembre constituera un temps fort pour l’Église entière.

En effet, ce jour-là, le Pape ouvrira une année jubilaire extraordinaire dédiée à la Miséricorde. Le 11 avril 2015, veille du deuxième dimanche de la Miséricorde Divine, le Saint Père, le Pape François avait publié la Bulle d’indiction du Jubilé extraordinaire de la Miséricorde Misericordiae Vultus. Il envisageait ainsi une Année Sainte qui s’ouvrirait ce 8 décembre 2015, en la Solennité de l’Immaculée Conception et se clôturerait le dimanche 20 novembre 2016, en la solennité liturgique du Christ-Roi de l’Univers.

C’est dans ce sens que le 8 décembre, il ouvrira la Porte Sainte du Jubilé, la « Porte de la Miséricorde, où quiconque entrera pourra faire l’expérience de l’amour de Dieu qui console, pardonne, et donne l’espérance » (MV 3). Le dimanche 13 décembre, 3ème dimanche de l’Avent, la Porte Sainte sera ouverte dans la cathédrale de Rome, la Basilique Saint Jean de Latran, puis dans les autres Basiliques papales. À cet effet, le Pape invite chaque évêque à communier à son acte, en ouvrant à son tour dans sa cathédrale, la Porte de la Miséricorde pour toute l’année. Fort heureusement, l’année prend racine dans le temps de l’Avent 2015. Nous devons restés attentifs aux signes des temps, car à travers eux, le Seigneur nous parle. Pourquoi un tel choix du Saint Père ?

Il nous faut d’abord rendre grâce au Seigneur, maître de notre histoire qui nous aime tant et nous donne incessamment une chance de revenir à Lui pour bénéficier de sa miséricorde. Ce Jubilé de la Miséricorde a été institué dans cette perspective, afin d’inviter tous les hommes de la terre à contempler le vrai visage de Dieu, car les développements récents de notre histoire humaine ont défiguré le beau visage de Dieu, nous présentant un Dieu hideux, un Dieu sourd à nos misères, un Dieu indifférent à notre malheur, à la limite, un Dieu dans lequel il vaudrait mieux de ne pas croire, voire ne pas l’invoquer.

Ainsi, si le Jubilé de la Miséricorde veut restituer à notre regard le vrai visage de Dieu, le temps de l’Avent n’en est pas moins un temps qui nous introduit dans la contemplation de ce visage de Dieu. Car, c’est ce Dieu qui vient à Noël sous le visage radieux, rayonnant, innocent et plein d’amour du Petit Jésus de Nazareth, dans les bras de Marie. Dieu s’incarne afin de nous permettre de le contempler de nos yeux, de le toucher de nos mains, de l’entendre de nos oreilles, de le rencontrer et de l’aimer de nos cœurs. Saint Jean dit en effet :

« Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de vie – car la Vie s’est manifestée : nous l’avons vue, nous en rendons témoignage et nous vous annonçons cette Vie éternelle, qui était tournée vers le Père et qui nous est apparue – ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons, afin que vous aussi soyez en communion avec nous » (1 Jn 1, 1-3a).

C’est celui-là, le Verbe de vie qui vient nous révéler qui est le Père. Voilà pourquoi le Saint Père nous apprend dès les premiers mots de ladite bulle : « Jésus-Christ est le visage de la miséricorde du Père. Le mystère de la foi chrétienne est là tout entier »[1]. C’est bien là le cœur de l’annonce chrétienne, le cœur de l’Évangile : notre Dieu est miséricorde. Saint Jean-Paul II nous avait déjà rappelé le premier dimanche de l’Avent 1980, dans son Encyclique Dives in Misericordia, que Dieu est riche en miséricorde[2]. Si le Pape François a jugé bon de reprendre cet enseignement sur la Miséricorde de Dieu, c’est comme lui-même le dit, parce qu’« il y a des moments où nous sommes appelés de façon encore plus pressante, à fixer notre regard sur la miséricorde, afin de devenir nous aussi signe efficace de l’agir du Père » (MV 3). Il veut ainsi faire de cette année jubilaire « comme un temps favorable pour l’Église, afin que le témoignage rendu par les croyants soit plus fort et plus efficace » (MV 3).

Nul besoin de montrer combien claire est la vision du pape : d’abord contempler, ensuite agir. Il veut que chacun, chaque fils, chaque fille de l’Église, dans sa situation personnelle, avec les moyens qui sont siens, fasse une introspection pour visiter les zones d’ombre dans sa vie chrétienne, avant de se tourner vers la miséricorde divine. C’est seulement après avoir fait l’expérience du pardon, que l’homme peut se rendre compte de la bonté de la miséricorde de Dieu. Alors, il cesse d’indexer les autres, il arrête de juger le prochain, pour se convertir soi-même d’abord. Tout homme a besoin de conversion. Quand on s’est laissé envelopper par cette miséricorde divine, on est à même de porter à son tour un regard miséricordieux sur les autres, on devient capable de pardonner comme Dieu nous pardonne, de venir au secours du faible et du pauvre.

Puisse ce temps de l’Avent nous tourner vers Dieu, afin que nous nous laissions regarder par Lui. Alors, nous convertirons à notre tour notre regard accusateur pour qu’il devienne un regard d’amour sur les autres ! Dieu sera tout en tous, et le monde changera de visage, et le monde croira que Jésus-Christ est l’Unique Sauveur qui soit, celui qui est, qui était et qui vient. À lui, la gloire pour les siècles des siècles ! Amen.

Fructueux Temps de l’Avent à toutes et à tous. Heureuse Année Jubilaire de la Miséricorde.

Abbé Valentin YOUGBARE, Diacre

[1] François, Bulle d’indiction du Jubilé extraordinaire de la Miséricorde Misericordiae Vultus (11 avril 2015), n. 1.

[2] Jean-Paul II, Lettre encyclique Dives in Misericordia (30 novembre 1980), n. 1.