Il me fait particulièrement plaisir de saisir l’occasion du Nouvel An 2017, pour offrir à chacun et à chacune mes vœux ardents de paix, de santé, de bonheur partagé et d’amour sincèrement vécu sous le signe de la miséricorde.

Avec le pape François, nous sommes désormais habitués au thème de la miséricorde. En décidant d’une Année Jubilaire de la Miséricorde vécue de 2015 à 2016, le pape a fait entrer l’Église dans une ère nouvelle, un temps nouveau, celui de la miséricorde. En promulguant à la fin de cette Année jubilaire une exhortation apostolique sur le thème de la miséricorde, il a voulu signifier que la miséricorde ne pouvait et ne devait être perçue comme une parenthèse que l’Église aurait vécue pendant une année seulement, mais qu’au contraire, elle en constitue l’existence même, et rend manifeste et tangible  la vérité profonde de l’Évangile.

En même temps, nous sommes bien conscients que cette invitation du pape, à vivre la miséricorde ne peut pas être comprise comme une prime offerte au vice, au laxisme ou à la médiocrité. Mais, face à tant de déchirures dans nos vies personnelles et communautaires, face à tant de mépris, de violence  et de haine, la seule réponse chrétienne ne peut être que l’offre et l’accueil de la bonté miséricordieuse de Dieu. C’est elle qui est capable de reconstruire nos vies individuelles et collectives, de panser les plaies physiques, psychiques, morales et spirituelles que nous portons. La miséricorde, c’est quand la bonté miséricordieuse de Dieu rencontre la misère humaine.

Pourtant, la nouveauté de la question n’est ni dans le vocabulaire utilisé, ni dans le discours de l’Église elle-même, et encore moins dans les personnes qui en parlent. La nouveauté de la question de la miséricorde aujourd’hui réside dans la conversion qu’elle impose à tous dans l’Église : acteurs et bénéficiaires de la miséricorde dont l’unique source est Dieu le Père des miséricordes. C’est donc notre manière d’être chrétiens dans le monde qui est concernée. En d’autres mots, c’est notre style, notre capacité d’être en toutes circonstances, des reflets de la miséricorde du Père, qui est interrogée. Notre agir pastoral, professionnel ou familial reflète-t-il suffisamment les paroles, les gestes et les attitudes de Jésus en face de situation semblables ? Comment faire pour que notre paroisse soit ce lieu où la miséricorde de Dieu est offerte et reçue, dans et à travers le ministère des prêtres, d’une part, et d’autre part, dans et à travers l’agir de chacun et chacune d’entre nous en famille, en communauté de vie religieuse, dans nos milieux professionnels et jusque dans nos lieux de loisirs ?

En partant du postulat que la miséricorde porte à la communion et que la communion se nourrit de la miséricorde, la première exigence qui s’impose à nous, c’est de nous approprier notre paroisse comme espace de communion et de mission. Que signifie cela ? Que signifie nous approprier notre paroisse Cathédrale envisagée comme espace de communion et de mission ?

Pour répondre à cette question, une petite précision s’impose, qui a trait à la question de notre appartenance à la paroisse. Appartenir à une paroisse n’obéit pas seulement à des exigences d’ordre sociologique ou juridique.  D’un point de vue théologique et spirituel, appartenir à une paroisse signifie incarner sa relation à Dieu dans un territoire et dans une relation avec les autres membres d’une communauté. Ainsi que nous pouvons l’observer de plus en plus, la proximité offerte par notre paroisse n’est pas seulement géographique. Elle est aussi une proximité de choix, de reconnaissance mutuelle, une proximité par intégration, incorporation au sein d’une communauté, dans laquelle se tissent des liens.

Or se reconnaître comme membre d’une communauté, c’est aussi se reconnaître mutuellement comme frère ou sœur avec les autres membres. Ce lien se constitue par des expériences d’intégration sans cesse à reprendre, qui permettent de « faire corps ». Pour vivre comme corps, la paroisse a besoin de rencontres, et nous en faisons l’expérience, avec les réunions des différentes C.C.B., mouvements, associations, fraternités et groupes de prière ou de spiritualité, etc. La paroisse a également besoin de temps forts, de projets mobilisateurs, qui densifient les relations entre membres. Cette année 2017 s’ouvre providentiellement avec une mobilisation sans précédent de tous les paroissiens et de toutes les paroissiennes autour de notre grand projet de réhabilitation de notre Cathédrale.

Des expériences comme celles-là disent que la communion avec Dieu ne peut se vivre en dehors d’une expérience de communion ecclésiale. Nous devons continuellement rechercher des liens entre nous qui fassent grandir cette communion et qui valorisent le « nous » chrétien. Un « nous », qui signifie que nous vivons par et pour les autres, tout le contraire d’une conception individualiste de la vie chrétienne. En cette année nouvelle 2017, continuons de d’œuvrer pour faire de notre paroisse une communauté où se vit permanemment l’offre de communion et de services dont chacun des membres se sentira responsables. Car celui qui fait l’expérience de s’intégrer à notre paroisse doit découvrir qu’il rend la paroisse présente là où il est, avec la possibilité d’offrir à d’autres personnes de bénéficier des offres pastorales, spirituelles, de la paroisse. C’est alors que la paroisse pourra effectivement porter celui ou celle qui s’agrège à elle, et lui permettre d’accomplir une mission qui fait qu’il la porte.

Pour terminer, la proximité de la Cathédrale avec le marché central m’inspire un vocabulaire paroissial pour traduire mon idée, c’est le terme représentant. Devenir disciple, c’est devenir en quelque sorte représentant, c’est-à-dire, être appelé un jour à être apôtre, souvent d’une manière inattendue, comme ce fut le cas pour Paul sur la route de Damas, et bien d’autres après lui. Devenir ainsi apôtre n’est possible qu’à une condition : se convertir. Pareillement, devenir disciple, apôtre ou représentant de Jésus-Christ aujourd’hui, n’est possible qu’à la condition d’une conversion pastorale et missionnaire, qui installe la miséricorde au cœur de nos vies, au cœur de nos actions. L’unité et la paix que nous recherchons s’obtiendront au prix de cette conversion.

Bonne, heureuse et sainte Année 2017 !

 

Abbé Anatole KERE, Curé