« Ne vous réjouissez pas parce que les esprits vous sont soumis mais réjouissez­-vous parce que vos noms sont inscrits dans les cieux ». Telle est la dernière phrase de l’évangile que nous venons d’écouter en ce 14ème dimanche du Temps Ordinaire. Cette phrase n’est pas sans rappeler la joie de toutes celles et de tous ceux qui ont vu leurs noms inscrits sur la liste des admis aux différents examens. Rendons grâce à Dieu pour leur succès et confions ceux n’ont pas pu réussir. Prions aussi pour ceux et celles qui sont au second tour.

Frères et sœurs,

Dieu pour nous sauver a voulu nous associer à son œuvre de salut. Il n’a pas voulu nous sauver sans notre contribution. Voilà pourquoi déjà dans l’Ancien Testament, il a choisi les patriarches Abraham, Isaac, Jacob. Dans le Nouveau Testament, Jésus s’engage dans la même logique que son Père. Bien qu’il puisse à lui seul, par sa puissance communiquer la Bonne Nouvelle du Salut et instaurer le Règne de Dieu sur la terre, il choisit d’associer  des hommes à sa mission. L’évangile de ce jour nous montre Jésus qui envoie ses disciples en mission. Nous sommes habitués à entendre parler des douze apôtres. Eh bien, l’évangile selon Saint Luc, nous précise ici qu’il s’agit de l’envoi des soixante-douze disciples.  Jésus ne s’est donc pas contenté d’envoyer les douze mais aux douze  il en a associé  soixante autres  disciples pour former un groupe de soixante-douze qu’il a  envoyé deux par deux devant lui dans toutes les villes et localités où lui-même devait aller. Voici une page d’évangile très riche en enseignement que l’Eglise nous propose au moment même où dans notre Eglise Diocésaine et dans plusieurs autres diocèses, sont célébrées les ordinations presbytérales. Dans cette homélie, nous essayerons de comprendre la signification de l’envoi des soixante-douze  au lieu des douze. Ensuite, nous nous intéresserons aux consignes que Jésus leur donne pour les aider à bien remplir leur mission. Enfin  nous terminerons sur la vraie récompense qui attend l’homme ou la femme qui accepte de remplir sa mission de disciple au nom de Jésus-Christ. De façon résumée, nous répondrons aux trois questions qui sont : Quelle est la signification de l’envoi des soixante-douze ? Quel conseil Jésus leur donne-t-il pour réussir leur mission ? Quelle récompense attend celui qui prend sa part dans la mission du Christ ?

Pourquoi Jésus envoie-t-il soixante-douze disciples au lieu des douze que l’on connait, eux qui, ordinairement sont avec lui et qui connaissent mieux son enseignement ? A cette question, on peut répondre simplement selon la théorie du nombre : « Plus on est nombreux, mieux ça vaut ». Avec soixante-douze, on devrait de toute évidence pouvoir  évangéliser plus de localités en une journée qu’avec douze. Mais au- delà de cette théorie, il y a ici le symbolisme du chiffre soixante-douze. Si le chiffre des douze apôtres renvoie aux douze tribus d’Israël qui sont au nombre de douze, le chiffre soixante-douze renvoie aux fils de Noé qui ont repeuplés la terre après les eaux du déluge. Ils étaient au nombre de soixante-douze. Ce symbolisme nous donne de comprendre deux choses :

D’une part il nous enseigne que la Bonne Nouvelle du Salut n’est pas réservée exclusivement à un peuple (au peuple élu, à Israël), à une race, à une nation. Elle est universelle : elle est destinée à tous les hommes de tous les continents, de tous les pays et de tous les temps. Aujourd’hui la  population mondiale est estimée à plus de 7 milliards de personnes et les chrétiens ne représentent qu’environ 2,2 milliards. C’est dire donc que la majorité de la population mondiale ne connait pas encore la Bonne Nouvelle du Salut.

D’autre part, il nous rappelle  qu’en plus de ceux qui sont mandatés par Jésus à exercer un ministère particulier dans l’Eglise comme le Pape, les évêques et les prêtres, chacun de nous est envoyé en mission. Chaque baptisé de par son baptême est prophète pour annoncer l’évangile et témoigner dans son milieu de vie qu’en Jésus-Christ le Règne de Dieu est là.

Frères et sœurs, si hier la mission du Christ était connue être l’affaire des évêques, des prêtres, des religieux et des religieuses, il est temps aujourd’hui que nous dépassions cette mentalité qui ne favorise pas l’expansion de la Bonne Nouvelle.  C’est Jésus lui-même qui, à travers son évangile, nous y invite et nous y exhorte. Sa  mission n’est pas l’œuvre de quelques poignés d’individus mais de tous, de tous les baptisés sans exception. Pour parler de Dieu, de sa Parole, nous chrétiens catholiques nous sommes parfois trop timides. Nous sommes trop timides lorsqu’une discussion nous oppose à un protestant, à un musulman, ou à quelqu’un d’une autre confession religieuse que nous.

Pourquoi sommes-nous timides ? Nous sommes souvent timides parce que nous ne connaissons pas profondément l’évangile du Christ. Nous ne connaissons pas l’évangile, parce que nous ne lisons pas la Parole de Dieu. En dehors de la Parole de Dieu qui nous est lue chaque dimanche, combien de personnes au cours de la semaine seule ou en famille se donnent vraiment du temps pour lire la parole de Dieu. Même si on le veut, on ne peut annoncer avec conviction quelque chose que l’on ne connait pas. Pour se rendre à l’évidence que beaucoup de chrétiens catholiques baptisés confirmés et mariés dans l’Eglise ne connaissent pas la Parole de Dieu, il suffit de leur donner une Bible et de leur demander de retrouver une référence, beaucoup ne sauront pas retrouver rapidement la référence concernée. Par contre dans les familles protestantes, on remarque très souvent que les enfants dès leur bas âge savent chercher des références.

 Deuxième question : quelle consigne Jésus donne à ses disciples ? La consigne que Jésus leur donne se résume en deux verbes : priez et allez !

D’abord Jésus nous invite à la prière : « La moisson est abondante (nous dit-il mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez le Maitre de la moisson d’envoyer des ouvriers pour la moisson ». La prière est le 1er acte que l’on doit poser en faveur de la mission. Celui qui prie pour la mission est déjà missionnaire car les grâces obtenues par sa prière suscitent de saintes vocations missionnaires, fortifient le travail de ceux qui annoncent la Bonne Nouvelle, réconfortent ceux qui sont découragés sur le chemin de la mission, et relèvent ceux qui y sont tombés. Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus n’a jamais quitté sa communauté religieuse, son couvent, mais elle a été déclarée Patronne des missions. Où se résidait son secret ? Son secret résidait dans la prière pour les missions. Mais à la prière, il faut joindre  un acte concret et fort : « Allez » nous dit Jésus.

Il faut s’engager sur le chemin de la mission et ne pas penser  que cela revient à telle personne parce qu’elle a telle ou telle qualité, tel ou tel don. Dans l’évangile, les disciples n’ont pas attendu d’être sûrs d’avoir des dons avant d’aller en mission. Ils sont allés et c’est dans l’exercice de la mission qu’ils se sont surpris en train de faire ce que Jésus lui-même faisait. Frères et sœurs, si nous obéissons au Maître de la mission même si nous ne faisons pas de miracles spectaculaires nous ferons au moins ce qu’il voudrait que nous fassions.

Jésus en envoyant les soixante-douze en mission ne leur cache pas  les difficultés qu’ils auront à braver. Il les envoie comme des agneaux au milieu des loups. Celui qui veut témoigner du Christ demeuré à l’image de l’agneau. L’agneau est tendre tandis que le loup est violent, cruel, il dévore. Les loups représentent tous ceux qui sont hostiles à l’annonce de la Bonne Nouvelle. Ces loups ne sont pas seulement en dehors de l’Eglise, ils sont souvent au sein de l’Eglise.  Chacun de nous, s’il ne prend garde peut au lieu d’être un missionnaire peut être un loup pour les missionnaires de l’évangile. Chaque fois qu’au lieu de prier pour la mission, je passe mon temps à critiquer un missionnaire de l’évangile, chaque fois qu’au lieu de prendre part m’engager, je passe mon temps à mettre des bâtons dans les roues de ceux qui s’engagent dans l’Eglise, je suis un loup. Jésus ne veut pas que nous soyons des loups mais des agneaux, des disciples qui ne s’encombrent pas des biens matériels mais qui sont pauvres à l’image du Christ.

Enfin la dernière question concerne la récompense promise à ceux qui s’engagent pour la mission : les disciples, du retour de leur mission expriment leur joie d’avoir fait des miracles au nom de Jésus. En effet, partout où ils passaient, ils guérissaient des malades et ils exerçaient une autorité sur les esprits. Aux disciples qui expriment leur joie pour avoir accompli des miracles, Jésus dit : « Ne vous réjouissez pas parce que les esprits vous sont soumis mais réjouissez­-vous parce que vos noms sont inscrits dans les cieux ». Avoir son nom inscrit dans les cieux, telle est la récompense promise aux messagers de la Bonne Nouvelle et tel est le véritable motif de notre action de grâce.

Frères et sœurs, que les grâces de cette eucharistie obtiennent aux prêtres nouvellement ordonnés de pouvoir se donner de tout cœur pour la mission du Christ afin qu’ils connaissent la véritable joie, celle de savoir après les fatigues de la terre, que leurs noms sont inscrits de façon indélébile dans les cieux. Qu’il en  soit ainsi pour chacun de nous, au nom de Jésus, le Maitre la mission lui qui vit et règne maintenant et pour les siècles des siècles. Amen !

Abbé Ema Edmond OUEDRAOGO