Frères et sœurs, avec le mercredi des cendres et l’entrée dans le temps de carême, nous avons effectué le dernier virage et amorcé la dernière ligne dans notre montée vers Pâques, le sommet de l’année liturgique. Si le temps de carême, avec ses divers exercices, préparent aux célébrations pascales, la réalité profonde du carême est, en fait, un chemin de foi qui prépare et dispose d’une façon toute particulière à partager pleinement la vie nouvelle du Christ ressuscité et glorieux, c’est-à-dire, à parvenir au salut.
La deuxième lecture de ce premier dimanche du carême laisse entrevoir qu’on ne parvient pas à ce salut grâce au “seul moyen’’ du cœur, mais aussi au “moyen´´ de la bouche : « Tu seras sauvé », pas seulement « si dans ton cœur, tu crois que Dieu l’a ressuscité [Jésus] d’entre les morts » mais aussi « si de ta bouche, tu affirmes que Jésus est Seigneur ».
La foi ne peut se contenter d’être un sentiment vague et diffus, caché quelque part, dans un recoin obscur du cœur. Elle doit pouvoir s’exprimer, être proclamée. Or, proclamer sa foi, d’après la première lecture, ce n’est pas simplement débiter tout haut le « credo », mais reconnaître et proclamer le passage de Dieu dans sa vie, dans son histoire : « Mon père était un araméen nomade, qui descendit en Egypte (…) Les Egyptiens nous ont maltraités, (…). Nous avons crié vers le Seigneur (…) Il a entendu notre voix (…). Il noUs a fait sortir d’Egypte à mains forte (…). Il nous a conduits dans ce lieu … ».
Oui, tout comme jadis pour les Israélites, Dieu, dans sa miséricorde, passe constamment dans notre vie, dans notre histoire et celui qui ne sait pas reconnaître ses passages et en témoigner n’est tout simplement pas un croyant. Croire en Dieu, c’est rappeler ses merveilles.
Mais soyons vigilants : Dieu n’est pas le seul à passer dans notre vie. Satan aussi s’y invite bien souvent. Ce qu’il a fait avec nos premiers parents, ce qu’il a fait avec Jésus, le nouvel Adam, il le fera aussi avec nous. Derrière l’apparence d’un compagnon amical et éclairé, il surgit pour nous livrer bataille. Rien à faire, il faut savoir combattre. Personne n’a jamais dit que la vie chrétienne allait être facile. Il faut se préparer au combat en prenant pour exemple, le Christ que l’Evangile de ce jour nous présente justement aux prises avec Satan.
Le champ de bataille entre Jésus et Satan est en soi significatif : le désert. C’est bien plus que la désignation d’un lieu géographique. Le désert est surtout symbole de la vulnérabilité, du manque de protection, de la nécessité. En fait, là où l’homme constate qu’il est fragile et nécessiteux, là aussi apparaitra très vite la tentation.
Le récit des tentations de Jésus par Satan nous est bien connu. Les trois types de tentation sont dignes d’intérêt. Mais remarquons par quel moyen Jésus sort vainqueur des trois tentations : en recourant à l’Ecriture. A chacune des trois propositions perverses de Satan, Jésus réplique par une parole de l’Ecriture : « Il est écrit :… », « Il est écrit :… », «Il est dit :… ». De cette attitude de Jésus, nous pouvons tirer deux leçons :
D’abord, l’importance de connaître la parole de Dieu (les Ecritures) pour déjouer les pièges du démon. Satan lui-même se présente en connaisseur des Ecritures, même s’il les utilise à de mauvaises obscures. Ses suppôts continuent cette œuvre encore aujourd’hui. N’avoir que quelques notions de ces Ecritures ne sera certainement pas d’un grand secours.
Ensuite, cette attitude de Jésus, nous révèle son inébranlable détermination à ne pas s’écarter de la volonté de son Père exprimée justement dans les Ecritures. Du coup, on comprend clairement que la stratégie de Satan consistait à écarter Jésus de la volonté de son Père en le poussant subtilement à agir contre cette volonté pour atteindre “son bien´´.
Retenons ceci : la stratégie du démon, depuis la nuit des temps a toujours consisté en essayer de convaincre l’homme qu’il a un bonheur différent de ce que Dieu veut pour lui et que pour atteindre ce bonheur, il lui faut s’opposer à Dieu. Il cherche toujours à convaincre tout homme de ceci : une chose est ton bien, autre chose est ce que Dieu veut pour toi. Pour atteindre ton bien, il va falloir passer outre la volonté de Dieu, rompre ta relation avec Lui.
Alors qu’il est clairement écrit (volonté du Père) : « c’est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras, à lui seul tu rendras un culte » Satan, fait miroiter devant Jésus, le “bonheur´´ de posséder le pouvoir et la gloire des royaumes, pour le pousser à désobéir à Dieu afin d’obtenir ce “bonheur´´. C’est exactement ce qu’il avait fait avec Eve : Alors que Dieu avait dit de ne pas manger du fruit de l’arbre au milieu du jardin, le serpent lui promet d’être comme Dieu s’elle en mangeait.
Frères et sœurs au seuil de ce temps de carême, proclamons notre foi. C’est-à-dire, ravivons en nous le souvenir des merveilles de Dieu dans nos vies et racontons ces merveilles. Demandons à Dieu une claire vision de ce qu’il veut pour nous et renonçons à toute forme de bonheur qui s’écarte de cette volonté. Demandons-lui également une meilleure intelligence des Ecritures et acceptons que l’Esprit Saint nous conduise au désert. Avec Jésus, par lui et en lui, nous vaincrons Satan.