Frères et sœurs en Christ,
Il y a seulement (un) deux jours, nous avons célébré la solennité de la Nativité, la fête de Noël. A la messe de la nuit tout comme à celle du jour, la Parole de Dieu nous a révélé le mystère de l’incarnation. Et ce mystère le voici : le Fils de Dieu est venu un jour de l’histoire dans notre monde. Il n’est pas tombé du ciel comme un fruit, il n’est pas apparu miraculeusement quelque part comme un fantôme. Il est né d’une femme et a vécu dans une famille humaine comme chacun de nous.
En ce premier dimanche après Noël, nous célébrons avec l’Eglise Universelle la fête de cette famille dans laquelle le Fils de Dieu est né et a vécu. C’est une famille composée de trois personnes à l’image de la sainte Trinité : Jésus, Joseph et Marie. C’est un foyer exemplaire et saint : Joseph est saint et son épouse Marie l’est aussi. Mais la source de leur sainteté et de la sainteté de leur famille, c’est leur enfant : Jésus. C’est lui qui, par sa présence leur communique sa sainteté. On pourrait alors s’imaginer que c’est une famille qui n’a jamais rencontré de difficultés dans sa vie. Illusion ! En cette fête dédiée à la sainte famille, l’évangile proposé à notre méditation, nous montre la sainte famille qui est confrontée à un incident assez grave.
L’incident que je qualifie d’assez grave est la perte de Jésus. Joseph et Marie se rendaient chaque année au Temple de Jérusalem comme tout bon juif pour la fête de Pâques. Jésus, à l’âge de douze ans, les avait suivis pour ce pèlerinage. Après la fête, c’est la défaite a-t-on coutume de dire et quelques fois avec raison. Du retour de la fête, après toute une journée de marche, les parents de Jésus qui pensaient qu’il était avec leurs compagnons de route, découvre que Jésus n’est là. C’est alors que commence la panique. Où est l’enfant Jésus ? Que sais-t-il passé ? Qu’est-ce qui a bien pu lui arriver ? Ces questionnements, nous pouvons l’imaginer, n’en finissent pas. Joseph est troublé, Marie l’est davantage. Pensons un instant à la situation dans laquelle se trouverait une mère qui aime beaucoup son enfant et qui à la fin d’un pèlerinage à Dingasso, juste en arrivant à la maison, découvre que son petit enfant qui l’avait suivi n’est pas rentré à la maison avec son père.
Il y a quelques temps, j’ai rencontré une samo. C’était une dame qui d’habitude était très joviale et aimait taquiner toutes ses connaissances qu’elle rencontrait sur son chemin, surtout les mossis. Mais ce jour-là, son visage était si sombre que j’ai eu de la peine à l’aborder. A peine, nous avions échangé quelques formules de politesse que j’ai aperçu une larme couler le long de sa joue. Et peu de temps après elle pleurait à chaude larme. Elle pleurait parce que son enfant n’était pas rentré de l’école ce soir-là. Nous avons passé plus d’une demie heure ensemble, mais elle était très profondément angoissée.
Marie et Joseph sont devant un fait très troublant : la perte d’un enfant et pas n’importe quel enfant, celui sur qui repose l’espérance du peuple d’Israël. C’est dans leurs mains que Dieu a bien voulu déposer cette espérance. La perte de l’enfant Jésus trouble profondément Marie et Joseph et ils le cherchent par vaux et par monts. Ils se souviennent sans doute comme hier de l’avertissement de l’ange qui leur était apparu en songe et qui leur demandaient de s’enfuir avec l’enfant en Egypte car Hérode cherchait à le tuer.
Frères et sœurs, faisons une halte pour méditer sur cette difficulté que Marie et Joseph ont rencontré un jour. Une des grandes illusions que vivent certains, c’est de penser que non la présence de Jésus vient supprimer dans leurs vies, les difficultés, toutes les angoisses de la vie. Dans l’évangile, bien que Jésus soit présent dans la sainte Famille, cela ne leur empêche de rencontrer des difficultés. La difficulté que cette famille rencontre ici est même la perte de l’enfant.
Comme Marie et Joseph sur la perte, nous pouvons faire l’expérience spirituelle de la perte de Jésus dans nos vies. Par le baptême, nous sommes de la famille de Jésus, Dieu est donc proche de nous et si nous sommes de fervents chrétiens, nous échangeons avec lui ordinairement comme à un parent. Mais, il arrive des moments où l’on ne sent pas la présence de Jésus dans sa vie. On lui parle sérieusement, mais pas de réponse audible venant de lui, on le prie de tout cœur, mais on butte tout de même à son silence.
Frères et sœurs, de telles expériences ne manquent pas dans la vie de l’homme. Oui, il y a des moments où on a l’impression que Dieu nous a lâchés, qu’il nous a abandonnés. Même certains grands saints en ont rencontrées ces moments difficiles. Ces expériences nous rappellent cette réalité qui est au cœur de toute vie de croyant : la foi n’est pas une possession de Dieu mais une quête permanente de Dieu. Alors si dans notre vie, à un certains moments nous avons l’impression d’avoir perdu Dieu, ne perdons pas l’espoir. Tant que nous sommes dans cette vie, il n’est jamais trop tard de refaire le chemin à la recherche du Dieu vivant. Prenons notre courage à bras le corps, osons revenir sur nos pas.
En revenant sur leurs pas, Marie et Joseph retrouvent Jésus au temple de Jérusalem. Ils sont témoins de l’étonnement admiratif de ceux qui sont là autour de lui ; il est assis au milieu des docteurs de la loi pour les écouter et leur poser des questions. Ces derniers sont vraiment stupéfaits par ce qu’ils entendent de lui. Et quand Marie lui fait part de leur angoisse en disant : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois comment nous avons souffert en te cherchant, ton père et moi », ils entendent cette réponse surprenante : « Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? ».
Frères et sœurs, ce sont là, les premières paroles de Jésus rapportées par l’évangile selon saint Luc. « Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ». Ce n’est pas un reproche que Jésus adresse à ses parents. C’est bien plus que cela. A travers ces premières paroles, il nous révèle sa véritable identité, celui de son Père et sa véritable demeure.
Si au niveau social, il est bien le fils du Charpentier Joseph, il se sait avant tout Dieu, né du Vrai Dieu comme nous le confessons dans le credo. Si aux yeux des gens, Joseph est son père géniteur, Joseph n’est qu’un père putatif, adoptif. Cet évangile montre clairement l’intimité très forte entre Jésus et son Père. Tout au long de l’évangile selon Saint Luc ne cessera de souligner cette intimité. Et dans ce même évangile, la dernière parole de Jésus sur la croix est la suivante : « Père, en tes mains, je remets mon esprit ». Pour Jésus, la volonté du Dieu-Père passe avant la volonté de tout autre Père. Il lui faut être chez son Père. Par conséquent, la maison de Jésus, ce n’est pas d’abord la maison de Nazareth, c’est avant tout la maison de Dieu son Père.
De même que pour Jésus, la paternité divine passe avant celle humaine, de même pour nous chrétiens, la Paternité divine doit passer avant la paternité humaine. Si d’aventure, il y a un conflit entre la volonté du Dieu-Père et la volonté d’un père humain qu’il soit biologique ou adoptif, il nous faut impérativement comme Jésus, être du côté de Dieu notre Père. Aussi, de même que la maison de son Père est plus importante que la maison de Nazareth, de même le ciel, notre véritable patrie doit être pour nous plus importante que nos maisons de la terre. Dans cette vie, le désir du ciel doit plus que tout autre désir pour chacun de nous.
Frères et sœurs, ce dimanche de la sainte Famille est le jour de fête pour toutes les familles de la terre. Nous sommes tous issus d’une famille. Chrétiens, nous sommes invités à suivre l’exemple de la sainte famille donc à faire de nos familles des foyers ardents d’amour. Aujourd’hui bien plus qu’hier dans le monde, la famille est en crise. Et nos familles ne sont pas en reste. Il y a des familles chrétiennes qui ne connaissent plus la joie et l’amour. Des familles où le conjoint ou la conjointe est multiplié(e) par zéro, pire des familles où le conjoint et la conjointe est haï(e) et persécuté(e). Des familles où les enfants se regardent en ennemis et ne peuvent plus se dire bonjour mon frère, bonjour ma sœur. Que dire et que faire ?
Toutes les difficultés que les autres familles traversent, nos familles chrétiennes les connaissent. En cette année de la miséricorde, nous sommes invités à revenir au repère. Ce repère, c’est la sainte famille. C’est en imitant la sainte Famille que nous pourrons véritablement sortir de la crise profonde. Remarquons, il y a un dialogue entre Marie et son Fils, quand il l’a retrouvé. Marie ne se tait pas, elle fait connaitre à son Fils toute la peine que sa disparition leur a causée. Jésus à son tour, leur fais connaitre les raisons de cette disparition : « Je dois être chez mon Père ». Dans nos familles, il y a des moments où nous ne devons pas laissé la place au silence de la méfiance. Il nous faut souvent savoir nous asseoir pour parler, échanger et nous dire ce que nous ressentons profondément de la parole, du geste, du comportement de l’autre. Si chacun garde le silence, le soupçon, les préjugés finiront par étouffer la joie nuptiale. Le devoir d’être miséricordieux, nous adresse cet appel fort à savoir pardonner et accepter le pardon, à être attentif et savoir accueillir l’attention que les autres nous portent. Seul celui qui n’agit pas ne se trompe pas. Les cailloux ne se trompent pas, les montagnes non plus. Mais le vivant et surtout l’homme se trompe souvent. Il nous faut donc savoir pardonner car là où il n’y a pas de pardon, la vie n’est pas possible. C’est en acceptant de pardonner que l’on peut accueillir Jésus, le Prince de la miséricorde dans nos familles qui vient dans le mystère réconcilier les cœurs. Que Jésus bénisse chacun de nous et qu’il bénisse nos familles afin qu’elles ressemblent toujours davantage à la sainte famille de Nazareth. Amen !

Abbé Ema Edmond OUEDRAOGO