Chers frères dans le sacerdoce,

Chers religieux et chères religieuses,

Bien aimés fidèles laïcs,

Quand on écoute les nouvelles de notre monde, on est bien vite ramené à ce constat de désastre étouffant tout envie de fête ou de joie, si tant est qu’on est sensible au malheur d’autrui. L’humanité souffre de multiples maux et l’homme contemporain se retrouve souvent désorienté face à ce qu’il trouve comme un fatalisme sans tendresse ni pitié. Ce n’est plus seulement l’Afrique qui connait les crises : partout dans monde, les victimes des catastrophes naturelles, les victimes des guerres et du terrorisme multiplient le nombre des cœurs désemparés qui, malgré les apparences, n’ont guère le cœur à la fête.

Et pourtant, les textes de ce 3ème dimanche de l’Avent, lancent une interpellation forte à la joie. Ce troisième dimanche de l’Avent que nous célébrons aujourd’hui, est d’ailleurs appelé à juste titre dimanche de la joie, dimanche du « gaudete ».

Et de fait, le prophète Sophonie dans la première lecture fait admirablement le point de la joyeuse espérance d’Israël et l’invite à l’exultation : « Pousse des cris de joie, fille de Sion ! Éclate en ovations, Israël ! Réjouis-toi, tressaille d’allégresse, fille de Jérusalem ! ».

Saint Paul quant à lui, dans la perspective du retour glorieux du Christ, martèle aux Philippiens : « Frères, soyez toujours dans la joie du Seigneur ; laissez-moi vous le redire : soyez dans la joie ».

Cette joie légitime qui doit transparaitre dans le peuple est la conséquence de la présence d’un Dieu qui se fait proche. Il s’agit d’une présence et d’une proximité qui consolent, une présence et une proximité qui renouvellent. C’est pourquoi quand Dieu est au milieu de nous, il n’y a rien d’autre à faire que d’exulter. Le prophète Isaïe, dans son cantique au chapitre 12 repris en chant responsorial, l’a bien compris quand il nous nous invite en ces termes : « Laissons éclater notre joie, Dieu est au milieu de nous ».

Porte Sainte de la Cathédrale de Bobo

Porte Sainte de la paroisse Cathédrale de Bobo

Frères et sœurs,

C’est providentiel qu’une telle invitation à la joie corresponde au jour où, à la suite du Pape François qui a procédé au même rite le 08 décembre à Rome, nous ouvrons la « Porte Sainte » de la miséricorde pour inaugurer une année jubilaire toute dédiée à la célébration de la miséricorde de Dieu.

Joie et miséricorde ! Voilà deux réalités intimement liées qui coïncident dans une même liturgie aujourd’hui. La joie dont nous devons exulter nous vient de la présence de Dieu. Or la miséricorde n’est rien d’autre que l’amour prévenant de Dieu qui sait tirer l’homme des cendres de sa misère ; ce Dieu qui, comme envers Marie, Mère de miséricorde, se penche sur chacun de nous qu’il relève en tant que libérateur attendu par le cœur préparé à l’accueillir.

De plus, chaque fois que Dieu manifeste une telle sollicitude, nous le voyons lui-même rempli de joie parce que l’homme qu’il aime tant est dans la joie. Le prophète Sophonie va jusqu’à nous dire qu’il danse avec des cris de joie pour son peuple. Et c’est cela qui fait la gloire de Dieu telle que l’avait compris  Saint Irénée qui, déjà vers la fin du deuxième siècle, écrivait cette belle phrase : « La gloire de Dieu c’est l’homme debout ».

Il faut alors nous interroger sur la nature de cette joie de l’attente messianique. La joie, la vraie joie, se passe de toute gaieté instantanée pour se fonder d’abord sur le Seigneur qui sait faire des merveilles. C’est l’état du cœur réconcilié avec lui-même, réconcilié avec les autres et réconcilié avec Dieu.  La vraie joie finalement, germe dans le cœur conscient de la miséricorde de Dieu et qui vit de cette miséricorde. Une telle conscience ne sait pas se contenter des acquis d’une présence passive devant le Seigneur ; une telle conscience

s’interroge et interroge sur le comment correspondre perpétuellement à la miséricorde de Dieu, comme d’ailleurs l’ont fait les foules qui venaient se faire baptiser par Jean : « Que devons-nous faire ? » Autrement dit, que devons-nous faire pour que notre joie soit parfaite à la rencontre de la miséricorde de Dieu ? Ou encore, que ferons-nous pour que ce jubilé de la miséricorde nous procure une vraie joie ?

La réponse de Jean le Baptiste nous ramène à des choses simples à réaliser : vêtir ceux qui sont nus ; donner à manger à ceux qui ont faim ; pratiquer la justice ; ne faire ni tort ni violence à personne. Toutes ces attitudes sont des œuvres de miséricorde et avec le pape François, nous pouvons compléter la liste : accueillir les étrangers, assister les malades, visiter les prisonniers, ensevelir les morts ; conseiller ceux qui sont dans le doute, enseigner les ignorants, avertir les pécheurs, consoler les affligés, pardonner les offenses, supporter patiemment les personnes ennuyeuses, prier Dieu pour les vivants et pour les morts. Ce sont là des œuvres qui accompliront notre joie et notre entrainement à la miséricorde de Dieu. Ces attitudes, bien connues depuis le catéchisme sous le nom d’œuvres de miséricorde corporelle et spirituelle, devront être notre plan d’action durant cette année jubilaire de la miséricorde.

Frères et sœurs,

L’année sainte de la miséricorde que nous ouvrons aujourd’hui en Famille diocésaine nous ramène donc à un témoignage chrétien plus authentique. Ce témoignage n’est rien d’autre qu’une expression joyeuse de la présence du Christ dans nos vies. Présence qui nous console et qui nous pousse à consoler ; présence qui nous pardonne et qui nous pousse à pardonner ; présence qui nous accueille et qui nous pousse à accueillir.

C’est seulement dans de telles dispositions que l’on peut être porté à la joie quand bien même l’environnement sociopolitique et les conditions de vie paraissent des plus regrettables : les maladies et les guerres, le chômage et la faim, la souffrance et la mort, etc. C’est encore dans de telles dispositions que l’on comprend mieux l’appel de la liturgie d’aujourd’hui à vivre une joyeuse espérance, car déjà il est avec nous, le Dieu de miséricorde, celui qui sauve et n’abandonne jamais.

Mes bien aimés,

Alors que la troisième bougie, celle de la joie de l’attente messianique, s’allume dans nos Eglises, la venue de l’Enfant-Dieu s’avère imminente. Toutefois, sa lumière doit déjà éclairer et révéler les merveilles de Dieu dans nos vies qui deviendront des cantiques d’action de grâces parce que convaincues de la miséricorde de Dieu. Il s’agit d’un symbolisme qui traduit « la profondeur de la miséricorde du Père qui nous accueille tous et va à la rencontre de chacun personnellement » (homélie du pape à l’ouverture de la porte Sainte le 8 décembre). Il n’y a donc plus à avoir peur, car la peur et la crainte sont indignes de celui qui est aimé, nous rappelle le pape François.

Laissons-nous donc, sans peur ni frayeur, rattraper par ce Dieu qui soupire après chacun de nous, quelque soit  la gravité et la délicatesse de notre situation. En effet, personne n’est jamais définitivement perdu pour Dieu. Pour chacun de nous, Dieu a un cœur débordant d’amour.

Puisse alors cette année jubilaire de la miséricorde ouvrir largement nos cœurs à Dieu afin que nous puissions à notre tour témoigner de lui aux hommes. Que le Dieu miséricordieux nous comble de ses grâces lui qui nous aime depuis toujours et pour les siècles des siècles.

† Paul Y. OUEDRAOGO,

Archevêque de Bobo-Dioulasso