Textes du jour A MEDITER : Is 60, 1-6 ; Ps 71 ; Ep 3, 2-3a. 5-6 ; Mt 2, 1-12

Bien-aimés de Dieu, que la Paix et la Joie de Noël demeurent toujours en vous ! Aujourd’hui, nous célébrons la solennité de L’Epiphanie. Ce mot d’origine grecque « Epiphaneia » veut dire “apparition” ou “manifestation”. Il s’agit donc de la fête de Dieu qui se montre aux hommes, la fête de tous ceux qui cherchent Dieu. Le Dieu qui est venu discrètement dans notre monde, se manifeste aujourd’hui à tous les peuples. Et les textes sacrés du jour visent à nous faire comprendre que le salut de notre Dieu est pour tous, sans exception. Je voudrais m’appuyer sur Trois types de personnages qui caractérisent l’évangile d’aujourd’hui, pour mettre en valeur trois interpellations essentielles de cette solennité de l’épiphanie : il s’agit des chefs des prêtres et des scribes mis ensemble, d’Hérode et des Mages. Chacune de ces figures constitue un message fort pour nous.

Je commence par les chefs des prêtres et les scribes : l’évangile nous dit que sur leur route, les mages ont rencontré les chefs des prêtres et les scribes. Ces derniers savent tout sur la Bible. Ce Messie qu’ils attendent de tous leurs vœux dans la prière doit naître à Bethléem ; cela, ils le savent bien, mais ils ne bougent pas, ils ne vont pas à sa rencontre. Ils restent enfermés dans leurs certitudes et leur intime conviction. Ils ne laissent pas à Dieu la chance de se manifester comme il l’entend. Tout l’Évangile nous dit que le Seigneur est venu pour tous ; mais rien ne se passera si nous ne sortons pas de nos certitudes et de notre confort pour aller à la rencontre de celui qui est la lumière du monde. Oui frères et sœurs, voici un premier message de l’Epiphanie. Notre Dieu ne se montre pas aux orgueilleux, aux suffisants, aux fanatiques trop convaincus qui pensent qu’ils n’ont plus rien à apprendre des autres. En matière de foi et de religion, on a toujours quelque chose à apprendre des autres, même des païens. La preuve, ce sont eux qui les premiers ont vu l’Etoile du Christ et c’est encore eux qui les premiers, ont rendu à Dieu, l’hommage qui lui est dû.

A présent, considérons la figure d’Hérode pour tirer un autre message de cette Epiphanie. L’Evangile d’aujourd’hui laisse entrevoir qu’il est un roi jaloux, égoïste, violent, puissant et meurtrier. Il n’hésite pas à tuer tous ceux qui pourraient constituer un obstacle pour son pouvoir, y compris ceux de sa famille. Quand il entend parler de ce roi qui vient de naître, il voit en lui un concurrent dangereux qu’il faut éliminer. C’est le premier acte de la guerre à Jésus qui va faire mourir des innocents. Et tout au long des siècles les disciples de ce roi seront persécutés, mis à mort ou tournés en dérision. Bien-aimés de Dieu, comment ne pas penser aujourd’hui à toutes les formes d’intégrismes religieux, moral et athée qui font tout pour éliminer la foi chrétienne ? Comment ne pas penser aussi à ceux-là qui avortent ou éliminent des pauvres vies innocentes pour des intérêts égoïstes ou pour continuer de faire la belle vie ? Aujourd’hui encore subsistent des ‘’Hérode’’ en nous et autour de nous : dans nos familles, dans nos services, en politique, dans nos communautés ou équipes sacerdotales. Partout nous avons des criminels qui emploient tous les moyens pour sauvegarder leur autorité, leur pouvoir et leurs prestiges. Nous devenons tous des ‘’Hérode-criminels’’ lorsqu’il nous arrive d’empêcher les autres de parvenir au seuil que nous avons atteint, lorsque nous voulons détenir le monopole du savoir et des richesses que le seigneur destine à tous. Nous sommes tous des ‘’Hérode-criminels’’, lorsque nous tentons d’étouffer la voix de notre conscience pour continuer de vivre comme si Dieu n’existait pas. Nous devenons enfin criminels comme Hérode, chaque fois que nous tentons d’empêcher le salut de Dieu de parvenir aux autres.

La Parole de Dieu nous rappelle que rien ne peut empêcher Dieu de faire parvenir son salut à tous les hommes. Son salut est offert à tous. À travers les mages qui viennent au berceau de l’Enfant-Roi, c’est tous les peuples qui sont appelés. Il est celui qui veut faire miséricorde au monde pécheur. Les étrangers, les païens, les pauvres comme les riches ont tous leur place dans son cœur. Au soir de l’Ascension, Jésus lui-même s’adressera à ses apôtres pour les envoyer en mission : « Allez dans le monde entier, proclamez la bonne nouvelle à toute la création » (Mt28, 19).

La troisième figure caractéristique de cette fête de l’Epiphanie est celle des mages qui nous rappellent que notre Eglise est Universelle. Sa mission n’est pas de se sauver elle-même mais d’être unie au Christ qui veut sauver le monde. Comme les mages, nous venons à Jésus pour nous prosterner devant lui et recevoir de lui l’amour dont il veut nous combler. Nous ne pouvons plus rester enfermés dans les limites de notre religion ou de nos convictions exclusives. Il nous faut absolument en sortir. Allons en périphérie comme nous le recommande notre cher Pape François. Sinon, nous devenons comme les chefs des prêtres et les scribes qui ont manqué cette rencontre avec le Roi-Messie.

Les mages nous donnent également une leçon très capitale qui passe souvent inaperçue. La finale de l’Evangile du jour nous dit qu’après avoir adoré et offert à Jésus leurs présents, les mages, furent avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode et ils regagnèrent leur pays par un autre chemin. Cela est un signal fort pour chacun de nous. On ne peut pas rencontrer le Christ et continuer de reprendre les chemins du mal. On ne peut pas venir adorer le Christ à la messe et repartir continuer de vivre dans le mal comme d’habitude. On ne peut pas venir communier au corps et au sang du Christ et continuer d’être égoïste, méchant et rancunier. On ne peut pas venir célébrer l’amour et repartir continuer de semer la haine, la violence et la zizanie dans nos familles, dans nos communautés et dans nos milieux de vie.

Malheureusement c’est ce que nous faisons souvent. Il y’a des chrétiens qui viennent à la messe en laissant derrière eux des querelles, des disputes en instance et qui une fois la messe terminée, repartent poursuivre leurs conflits en familles, là où ils les avaient laissés. Cela est la preuve qu’ils n’ont ni rencontré, ni adoré Jésus. En réalité, ils ne sont pas venus à la messe. Ou s’ils ont été à la messe, elle ne leur a servie à rien, car on ne peut pas rencontrer Jésus et reprendre le même chemin du mal et des ténèbres. Toute rencontre avec le Seigneur nous conduit vers une route nouvelle. La rencontre de Dieu change toujours quelque chose en nous. On ne voit plus la vie de la même manière.  Après chaque messe, « plus rien ne doit être en nous comme avant ». Comme les mages, après avoir adoré Jésus dans chaque Eucharistie, nous devons éviter les chemins du mal qui nous ramènent chez Hérode qui veut tuer Jésus en nous. Désormais, restons vigilants pour ne pas retomber dans les mêmes situations de péché, de malheurs et de misères que nous laissons en venant à la messe.

Pour terminer, chers frères et sœurs, les mages sont porteurs de cadeaux symboliques : l’or, l’encens et la myrrhe. Autant de signes qui nous parlent de Jésus, de son identité : l’or nous dit qu’il est Roi ; l’encens nous dit qu’il est Dieu ; la myrrhe nous annonce qu’il sera crucifié, nous donnant sa vie. Et nous, qu’allons-nous offrir de valeur à notre Dieu ? Qu’allons-nous donner pour rendre à notre Dieu l’honneur qui lui est dû ? Il n’a pas besoin de pierres précieuses. Le trésor auquel il tient le plus, c’est une vie remplie d’amour. En plus de nos biens, voilà ce que nous pouvons lui offrir de meilleur : notre vie remplie d’amour.

En ce début d’année qui est souvent le temps des résolutions et des projets, je nous invite à regarder aussi ces présents des mages à l’enfant-Dieu comme une invitation à prévoir la part de Dieu dans tous nos avoirs de cette année. S’il nous faut porter l’évangile dans nos milieux de vie et de travail, ne le faisons pas les mains et les cœurs vides. Que seront mon or, mon encens, et ma myrrhe ? Que donnerai-je de moi-même, de mon avoir, de mon temps et de ma disponibilité, de mes passions et de mes talents, de mon essentiel. Avec quoi irai-je à la rencontre de mon prochain ? Dans nos projets et entreprises de cette année, si nous voulons réussir, visons une seule chose : tenons compte de notre Dieu dans tout ce que nous faisons. Ayons des projets et des entreprises qui honorent notre Dieu et qui lui rendent Gloire. Dans tout ce que nous ferons et dirons, posons-nous toujours la question suivante : Comment est-ce que je serai signe de Dieu durant cette année 2019, durant cette année de grâce ? Que cette Épiphanie soit la fête de tous ceux qui cherchent Dieu. Puissions-nous par cette Eucharistie, chercher Dieu, le trouver, l’adorer, le montrer aux autres et le garder avec nous maintenant et pour les siècles et des siècles. Amen !

Abbé Juste Négus HILOU (Prêtre heureux de Jésus-Christ)