TEXTES DE BASE : Is 25, 13-15. 53, 1-12 ; Ps 30 ; He4, 14-16. 5, 7-9 ; Jn18, 1-40 ; 19, 1-42

Vendredi Saint, Jour du grand silence, jour où la Parole faite chair n’a plus d’autres paroles à nous dire, si ce n’est celle de la croix. Oui, frères et sœurs, le drame de ce jour saint nous oblige à nous taire pour écouter et contempler rien que le mystère de la croix. Tout ce grand mystère de notre foi se trouve contenu dans les dernières paroles de Jésus. Ainsi, comme exhortation de ce jour, je nous invite tous à méditer les sept dernières paroles de Jésus en croix. Ces paroles disent tout le message de notre Seigneur Jésus avec ce qu’il attend de nous, dans les diverses circonstances de nos vies et de notre humanité. Nous allons passer en revue ces sept dernières Paroles de Jésus qui devraient être gravées dans le cœur et l’esprit de chaque chrétien.

  1. « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc23, 34)

Par cette phrase, Jésus réalise l’essentiel de la mission pour laquelle il est venu sur cette terre : réconcilier notre humanité pécheresse avec le Père. Il nous l’avait dit : « je ne suis pas venu pour condamner le monde, je viens pour que le monde soit sauvé » ; « je ne suis pas venu pour les justes et les bien portant, je viens pour les malades et les pécheurs ». C’est ici que Jésus accompli toutes ces paroles. Il assume sa mission d’intercesseur jusqu’au bout, en priant même pour ceux qui lui donne la mort.  Nous aussi, nous faisons partie de ces criminels qui clouent sans cesse Jésus par nos offenses, par nos multiples péchés. La Bonne Nouvelle, c’est que malgré la gravité et la multiplicité de nos fautes, nous pouvons toujours espérer le pardon de Dieu. Avec notre Dieu, nul ne sera jamais définitivement condamné tant qu’il aura en lui le désir de se convertir un jour. Depuis le jour où sur la croix, Jésus a pardonné et prier pour ceux qui étaient en train de lui donner la mort, depuis ce jour où sur la croix, Jésus a dit : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font », depuis ce jour, il n’y a plus rien qu’un chrétien ne puisse pardonner. Alors que personne ne traverse ce grand jour du Pardon le cœur chargé de rancœurs. En ce jour de vendredi Saint, de la croix, Jésus nous regarde tous : que personne n’ose vénérer cette croix du Christ s’il n’est pas prêt à accorder son pardon aux autres.

  1. « Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis » (Lc23, 43)

Par cette main tendue à l’un des plus grand malfaiteurs, Jésus nous signale que son paradis ne sera jamais fermé pour celui qui désire sincèrement y enter malgré ce qu’il est et quel que soit ce qu’il a fait. Que personne n’en vienne jamais au désespoir total à cause de ses péchés, des erreurs commises dans la vie. Avec notre Dieu, on a toujours une chance. Tant que la vie continue, on peut et on doit toujours espérer malgré tout. Une seule chose compte, que l’on accepte de reconnaitre sa situation de pécheur, que l’on se repentisse, et que l’on ait vraiment la volonté de nous relever et de repartir à nouveau. A tous ceux qui malgré leurs fautes continuent de lutter, d’espérer et de mettre leur espoir en Jésus, Jésus leur tend la main en leur redisant ces paroles : « tu peux encore revenir, tu peux encore te relever de cette chute, si tu acceptes de quitter cette situation de péché, aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis ».

  1. « Femme, voici ton fils… Voici ta mère » (Jn19, 25)

Quelle grâce et quel privilège avons-nous d’avoir un Dieu qui, après avoir donné sa vie pour nous, nous offre encore sa mère. Jésus nous donne sa Mère pour que nous ne soyons plus seuls à porter nos fardeaux de ce monde. Marie au pieds de la croix du Christ nous rappelle qu’il y aura toujours cette mère qui luttera aux cotés de tous les chrétiens qui souffrent dans le monde. Même si tout le monde nous abandonnait dans nos détresses et nos misères, rappelons-nous qu’il y aura toujours une mère pour nous dans ce monde. Prenons-là pour modèle, prenons-là comme confidence et conseillère, et surtout comme une aide sûre, dans toutes les situations de la vie. Avec Marie, aucun chrétien n’a le droit de se sentir encore seul sur cette terre. Tant que nous accepterons de prendre Marie avec nous, nous ne serons jamais orphelins, nous ne serons jamais sans soutien dans ce monde. Sainte Marie, Mère de Dieu, prie pour nous, maintenant et à l’heure de notre mort !

  1. « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mc 15, 34)

Du fond de sa détresse, Jésus se fait solidaire de tous les hommes et de toutes les femmes qui n’en peuvent plus sur cette terre. Son pourquoi englobe tous les pourquoi, que des hommes se posent sans cesse face, à toutes les cruautés humaines, face aux multiples injustices de la vie et de ce monde, et surtout, face à l’atrocité de la souffrance des innocents, de ceux-là qui n’ont rien fait pour mériter de souffrir ce qu’ils souffrent. A tous nos pourquoi qui restent toujours sans réponses, joignons notre obéissance totale, en répétant à la suite du christ, « non pas ma volonté, mais la tienne ». Et s’il est vrai que nous pouvons toujours crier vers Dieu quand les épreuves nous frappent, rappelons-nous cependant, que Dieu n’a pas de compte à nous rendre. Nous pouvons toujours crier vers Lui, mais l’unique réponse que nous pourrons sans cesse espérer de Lui, c’est la force de pouvoir toujours supporter patiemment tout par amour. Lorsqu’il n’y a pas de réponses aux pourquoi de nos échecs et de nos souffrances, il nous restera toujours une option : nous unir au Christ et offrir nos souffrances à Dieu pour notre salut et le bien d’autres personnes qui pourraient en avoir besoin. Ainsi, le pire pour nous chrétiens, ce n’est pas de souffrir, mais de souffrir inutilement pour des causes qui n’en valent pas la peine.

  1. « J’ai soif » (Jn 19, 28)

Jésus la source d’eau vive a soif. Celui qui a tout crée et qui nous a tout donné, se fait mendiant auprès de nous. Comment Dieu peut-il avoir soif ? De quoi notre Dieu a-t-il vraiment soif ? Il a soif de notre soif de Lui. Il a soif de voir prendre cette flamme de la foi qu’il est venu allumer dans ce monde des ténèbres. Notre Dieu a soif de voir que son combat et ses multiples sacrifices ne sont pas vains. Dans ce monde de doute rempli de vendeurs d’illusion, Il a besoin de vrais adorateurs, des hommes et des femmes de foi qui ne baissent jamais les bras malgré les difficultés. Dans ce monde corrompu et perverti par la malhonnêteté, notre Dieu a soif de gens sincères, fidèles et vrais en tout. Pourrions-nous apaiser toutes ces soifs de notre Dieu ? Pourrions-nous étancher la soif de celui-là qui apaise sans cesse toutes nos soifs humaines ? Serions-nous toujours là pour celui-là qui a toujours été là pour nous ? En ce grand jour du Vendredi saint, osons repartir vers la croix de Jésus, levons les yeux vers le crucifié et réaffirmons-lui notre foi et notre disponibilité à le servir. Disons-Lui, « Jésus, je serai toujours là pour toi » « Jésus malgré ce que je suis, tu peux encore compter sur moi » « Jésus j’ai confiance en toi ». A l’instar du psalmiste, ayons aussi soif de notre Dieu qui a soif de nous : « Dieu, c’est toi mon Dieu que je cherche ; mon âme a soif de toi, après toi languit ma chair, terre aride, altérée sans eau » (Ps 63, 2).

  1. « Tout est accompli » (Jn19, 20)

Voici une grande parole d’espérance pour tous les croyants qui luttent dans ce monde, ces hommes et femmes, ces jeunes et ces enfants qui se battent avec l’espoir de lendemains meilleurs. Pour tous ceux qui luttent et qui peinent pour des causes difficiles et désespérées, Jésus réactualise ces paroles « tout est accompli. Tous vos combats et vos luttes sont gagnés d’avance, j’ai déjà payé le prix pour tous vos soucis ». Oui, notre Seigneur Jésus a déjà mené tous les combats de nos vies. Par ces mots il nous rappelle qu’aucune situation humaine n’échappera à sa Miséricorde. Ces bras largement ouverts sur la croix embrassent toutes nos misères humaines. « Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, Jésus les aima jusqu’au bout » (jusqu’à la perfection). C’est sur la croix que se réalise la perfection de l’amour de Dieu. Sur la croix, Jésus ne se contente pas de tout donner, il se donne entièrement, il donne « tout-Lui-même ». En retour, qu’allons-nous pouvoir donner à celui qui s’est totalement donné pour nous ? Qu’allons-nous pouvoir faire pour celui qui a déjà tout accompli pour nous ?

  1. « Père, en tes mains, je remets mon esprit » (Lc26, 46)

La toute dernière parole de notre Seigneur Jésus va à l’endroit du Père. Après avoir épuisée toutes ses forces, après avoir mené tous les nobles combats de notre monde, Jésus s’en remet à celui-là qui l’avait envoyé pour sauver le monde. Dans la confiance et la sérénité totale, Jésus passe de ce monde à son Père. Il nous confie avec nos craintes et nos espoirs, aux mains de Dieu. C’est un acte de confiance et d’abandon total que Jésus nous invite à oser toujours dans ce monde qui génère sans cesse de grandes inquiétudes. Oui, nous sommes souvent terrorisés par les maladies, nous avons souvent peur pour nos enfants, peur de l’avenir, peur de l’échec et de la mort. Et le constat paradoxal, c’est que certains, malgré leur sécurité garantie, malgré leurs « assurance-maladie », « assurance-vie », « assurance-tout-risque », continuent d’avoir toujours peur pour leur vie. Faux multiples craintes ou peurs de nos vies et de notre monde, une question s’impose à nous chrétiens: savons-nous que le Dieu en qui nous croyons a déjà vaincu toutes nos peurs ? Savons-nous que le crucifié que nous portons est vraiment vainqueur du monde ? Celui qui porte la croix de celui qui a vaincu le monde, ne devrait plus jamais rien craindre dans ce monde. Puissions-nous apprendre à tout remettre entre les mains de celui qui a tout crée et tout vaincu. Dans ce monde, soyons vraiment convaincus de ce que nous sommes (chrétiens) et de ce que nous portons sans cesse (la croix glorieuse et victorieuse du Christ). Avec toute l’Eglise, chantons et proclamons notre victoire et notre salut par la croix : « Victoire, tu règneras ! O croix, tu nous sauveras !”

 Abbé Juste Négus HILOU (Prêtre Heureux de Jésus-Christ)